Leito a publié une critique de Le Cercle par Dave Eggers
Le Cercle
3 étoiles
Une dystopie intéressante, mais pleine de défauts. Une startup est devenue la plus grosse entreprise mondiale sur le modèle des GAFAM poussé àson paroxysme, et tend à remplacer l'argent, la démocratie, bientôt l'état. J'ai pas mal aimé l'encrage dans le management moderne et son oppression omnisciente cachée sous le masque de la bienveillance, visant plus que jamais à exprimer la moindre goutte de force de travail de ses employés. J'ai failli faire un burnout rien qu'en lisant.
Pas mal l'idée qu'on ne devrait pas vraiment avoir envie de tout savoir sur nos ancêtres qui sont probablement des salauds. Pas mal le florilège de délires sécuritaires et de surveillance prédictive (plus que préventive). Pas mal aussi le fait qu'on suive un personnage qui ne se pose pas de question alors que chaque page nous plonge dans une angoisse plus profonde sur ce qui nous attend dans le futur. Toujours à …
Une dystopie intéressante, mais pleine de défauts. Une startup est devenue la plus grosse entreprise mondiale sur le modèle des GAFAM poussé àson paroxysme, et tend à remplacer l'argent, la démocratie, bientôt l'état. J'ai pas mal aimé l'encrage dans le management moderne et son oppression omnisciente cachée sous le masque de la bienveillance, visant plus que jamais à exprimer la moindre goutte de force de travail de ses employés. J'ai failli faire un burnout rien qu'en lisant.
Pas mal l'idée qu'on ne devrait pas vraiment avoir envie de tout savoir sur nos ancêtres qui sont probablement des salauds. Pas mal le florilège de délires sécuritaires et de surveillance prédictive (plus que préventive). Pas mal aussi le fait qu'on suive un personnage qui ne se pose pas de question alors que chaque page nous plonge dans une angoisse plus profonde sur ce qui nous attend dans le futur. Toujours à suivre le mouvement pour la reconnaissance symbolique et sociale, enfouir son instinct et ses inquiétudes face aux discours prophétiques du "moindre mal". On grince de dents face à ses décisions, ses silences, on veut qu'elle se rebelle. On est d'accord avec tout ce que lui dit son ex, et elle ne trouve rien à vraiment lui opposer sinon qu'elle le trouve gros et obstiné. Et c'est là que ça devient une des faiblesses du roman. En se contentant de rester neutre face aux actions absurdes du personnage principal, on manque de matière sur le véritable conflit qui pourrait avoir lieu en elle (on dirait juste qu'elle ne se pose jamais la question, et c'est frustrant). De toute façon le développement des personnages n'est pas la qualité principale de ce livre, où on sent vite le personnage féminin écrit par un homme, notamment quand il parle de son désir, comme souvent.
L'autre défaut, pour un roman qui parle de l'invasion de la technologie dans le domaine privé, c'est son manque de consistance et de réalisme à ce sujet. La question du stockage de données est évoquée de manière un peu ridicule et vite éludée. La question des matières premières, jamais abordée. Ce serait presque chic si ça ne parlait pas de la mort de la liberté individuelle.
Dans la même veine, il n'y a pas que la symbolique qui est bancale avec l'aquarium de créatures du fond de la fosse des Mariannes, puisque les problèmes de pression ne semblent même pas exister, on pêche des petits poissons pour les remettre dans le bassin d'à côté comme s'il s'agissait d'un bocal. Je sais que c'est de la fiction, qu'on invente ce qu'on veut et qu'on s'arrange avec le réel, mais pour moi ça trahit quelqu'un qui ne s'est même pas un peu intéressé au sujet dont il s'empare, et qui se contente de l'idée qu'il s'en fait. Ça trahit de fait une méthode d'écriture qui se retrouve dans le résultat malheureusement incomplet de cette dystopie pourtant bien lancée.
