SaraT. a publié une critique de La dernière tentation de Judas par Philippe Battaglia
"La Bible, c'est de la pop-culture"
5 étoiles
La Dernière tentation de Judas : le livre est arrivé dans ma PAL auréolé de plusieurs prix (Prix Utopiales 2025, Prix International du Roman Gay 2025, Prix Gargantua 2025)... ce qui crée toujours chez moi une certaine appréhension, décuplant les attentes. Ce livre, je l'ai dévoré. Il plante une intrigue totalement improbable, autour d'une question majeure : on sait que Judas a trahi Jésus. Mais pourquoi a-t-il trahi celui qui était son amant ? (je ne divulgâche rien : 1. il y a une tradition apocryphe et artistique à ce sujet ; 2. c'est dans le résumé sur la 4e de couverture, reproduit dans la rubrique "description" ici). À partir de cette question, Philippe Battaglia s'en donne à cœur joie et crée un univers loufoque, punk, mené de main de maître et sur un rythme trépidant - passé la première partie un peu plus lente, "plantant" le décor -, ancré …
La Dernière tentation de Judas : le livre est arrivé dans ma PAL auréolé de plusieurs prix (Prix Utopiales 2025, Prix International du Roman Gay 2025, Prix Gargantua 2025)... ce qui crée toujours chez moi une certaine appréhension, décuplant les attentes. Ce livre, je l'ai dévoré. Il plante une intrigue totalement improbable, autour d'une question majeure : on sait que Judas a trahi Jésus. Mais pourquoi a-t-il trahi celui qui était son amant ? (je ne divulgâche rien : 1. il y a une tradition apocryphe et artistique à ce sujet ; 2. c'est dans le résumé sur la 4e de couverture, reproduit dans la rubrique "description" ici). À partir de cette question, Philippe Battaglia s'en donne à cœur joie et crée un univers loufoque, punk, mené de main de maître et sur un rythme trépidant - passé la première partie un peu plus lente, "plantant" le décor -, ancré dans une érudition et une connaissance de la culture biblique et théologique peu commune, nous conduisant de zones urbaines interlopes aux sièges sociaux de grandes entreprises en passant par de grands espaces perdus sous de magnifiques cieux étoilés. Apprétez-vous à y croiser des personnages truculents, aux réminiscences de pouvoirs et organisations à la "héros de Marvel", citant prophètes et autres références vétéro/néo-testamentaires à tour de bras, lancés dans une quête planétaire car, c'est officiel : Judas a des comptes à régler, lui dont l'histoire a fait - totalement injustement, de son point de vue - le renégat type. L'ouvrage est loin de proposer une simple relecture humoristique facile ou stérile des 12 apôtres à l'époque contemporaine. La galerie de personnages et de situations fait découvrir les marges de nos sociétés, les laissés-pour-compte et les inégalités crasses ; elle met en scène ce que la solitude peut faire et provoquer, mais aussi la force des solidarités et des amitiés, des communautés (comme dans "commun") pour traverser l'impossible. L'intrigue, sous couvert de thriller, part également de ce sentiment éternel qu'est l'amour, de sa réalité, de ses manipulations. À noter : la capacité descriptive, presque graphique, de la plume de P. Battaglia. J'ai rarement lu des scènes de torture aussi réalistes (je suis peu familière de lectures qui peuvent contenir ce type de descriptions, certes, mais enfin), détaillées avec un plaisir d'écriture visiblement à fleur de peau. Je ne verrai plus jamais les échecs de la même manière. À noter (bis) : l'action se déroule à l'époque plus ou moins contemporaine, avec un souverain pontife nommé... Léon XIV. Le roman est paru en février 2025 chez L'Atalante. Robert Prévost a été élu pape en mai 2025. "Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite", sans doute...
À mettre entre toutes les mains d'amateurices de lectures à l'humour féroce, irrévérencieux, érudit, et au rythme endiablé.