Ameimse a publié une critique de Voyage léger par Naomi Mitchison
Voyage léger
5 étoiles
Il s'agit de la première publication en français, en 2026, de ce roman initialement paru en 1952 : sa lecture ne va pas sans questionner notre rapport au genre et à la manière dont les codes de la fantasy se sont construits dans la seconde moitié du XXe siècle, avec des textes devenus canoniques et d'autres oubliés.
"Voyage léger" est un court roman dans lequel l’autrice nous entraîne dans le sillage d’Halla, petite fille, d’abord éduquée par une ourse, puis par un dragon, et qui côtoie ensuite au fil d’un long voyage d’apprentissage le monde médiéval des humains. C’est un récit, nourri de riches références, où la trame narrative est habilement tissée au croisement du conte, de la légende et du récit historique. Des êtres tout droit sortis de la mythologie scandinave y cohabitent avec des représentants corrompus d’institutions ecclésiastiques chrétiennes au cours d’un voyage, qui conduit à explorer …
Il s'agit de la première publication en français, en 2026, de ce roman initialement paru en 1952 : sa lecture ne va pas sans questionner notre rapport au genre et à la manière dont les codes de la fantasy se sont construits dans la seconde moitié du XXe siècle, avec des textes devenus canoniques et d'autres oubliés.
"Voyage léger" est un court roman dans lequel l’autrice nous entraîne dans le sillage d’Halla, petite fille, d’abord éduquée par une ourse, puis par un dragon, et qui côtoie ensuite au fil d’un long voyage d’apprentissage le monde médiéval des humains. C’est un récit, nourri de riches références, où la trame narrative est habilement tissée au croisement du conte, de la légende et du récit historique. Des êtres tout droit sortis de la mythologie scandinave y cohabitent avec des représentants corrompus d’institutions ecclésiastiques chrétiennes au cours d’un voyage, qui conduit à explorer différents espaces d’Europe du Nord et orientale, jusqu’aux ruelles – et même à la cour – de Byzance ou encore de Kiev.
De l’éducation d’Halla, la narration préserve avec saveur un point de vue qu’on pourrait qualifié de « décentré » par rapport à un cadre humain, un point de vue construit par les repères ours et draconiques intériorisés par la petite fille. Halla porte un regard original sur le monde, dans lequel s’exprime de façon souvent malicieuse la plume critique de l’autrice. C’est l’occasion de revisiter (et de questionner) bien des poncifs – notamment patriarcaux – de contes & légendes, qui ne sont pas présentés sous un tel angle. Le tout avec pour toile de fond, le temps qui file et les mythes qui se construisent et s’effacent dans un contexte de long Moyen Âge.
Cela donne un roman à la narration tout à la fois habile et simple. S’il n’est pas dénué d’humour, l’autrice ne masque pas la cruauté de certaines situations et le détachement de cette jeune fille élevée hors de l’humanité n’empêche pas qu’elle s’investisse auprès de certains humains. Il y a quelque chose de tendre et chaleureux, de frais aussi, qui émane de ce texte, dans lequel l’autrice rejoue à sa façon les codes d’un genre qui n’était alors, en 1952, pas encore fixés. Dans la préface, Amal El-Mohtar s’interroge sur la manière dont la diffusion d’une telle œuvre, en parallèle d’autres canoniques – au premier rang desquelles, celles de son contemporain Tolkien –, aurait pu contribuer à façonner autrement le regard et les attentes pesant sur la fantasy. On referme le livre conforté·e dans l’impression d’une richesse de possibles pour ce genre.
En résumé, un roman, sensible et merveilleux, malicieux et critique, comprenant des pointes d’humour, mais aussi des dénonciations de noirceurs humaines. Un texte attachant, qui se lit d’une traite et que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.