Crapounifon@bookwyrm.social a publié une critique de L'Enchâssement par Ian Watson
Premier contact avec Chomsky, deuxième avec Sapir-Whorf
4,0 stars
Un anthropologue en pleine Amazonie découvrant une tribu à la langue étrange, des enfants cobayes sous couvert d'hôpital psychiatrique et d'étranges signaux, semblant provenir de l'espace, sous forme d'émissions de télévision bien terriennes, mais en « anté-lecture ».
Il faudra bien cela pour nous parler de la grammaire universelle et innée défendue par Noam Chomsky. Surtout quand on l'associe, comme l'auteur le fait, à la thèse de Sapir-Whorf. La théorie de Chomsky, aux accents universalistes, postule une prédisposition humaine, neurologique, au langage. Cela implique des structures fondamentales sous-jacentes à tous les langages. Au contraire, la thèse Sapir-Whorf, relativiste, pose que le langage façonne la manière d'appréhender la réalité. Le roman parvient à les concilier dans une histoire tambour battant mais avec de véritables morceaux pédagogiques et passionnants sur le langage.
Le roman marque son époque par certains aspects de narration. Ainsi, parfois une suspension d'incrédulité... conséquente, est demandée. Mais …
Un anthropologue en pleine Amazonie découvrant une tribu à la langue étrange, des enfants cobayes sous couvert d'hôpital psychiatrique et d'étranges signaux, semblant provenir de l'espace, sous forme d'émissions de télévision bien terriennes, mais en « anté-lecture ».
Il faudra bien cela pour nous parler de la grammaire universelle et innée défendue par Noam Chomsky. Surtout quand on l'associe, comme l'auteur le fait, à la thèse de Sapir-Whorf. La théorie de Chomsky, aux accents universalistes, postule une prédisposition humaine, neurologique, au langage. Cela implique des structures fondamentales sous-jacentes à tous les langages. Au contraire, la thèse Sapir-Whorf, relativiste, pose que le langage façonne la manière d'appréhender la réalité. Le roman parvient à les concilier dans une histoire tambour battant mais avec de véritables morceaux pédagogiques et passionnants sur le langage.
Le roman marque son époque par certains aspects de narration. Ainsi, parfois une suspension d'incrédulité... conséquente, est demandée. Mais cela contraste avec des explications limite hard SF pour une science molle (sic), la linguistique. C'est aussi l'époque des guérillas. Si le roman marque également son époque sur les connaissances linguistiques, la postface du linguiste Frédéric Landragin nous explique clairement que les débats ne sont pas tranchés pour autant que ces thèses soient largement remises en cause. Cette alliance, a priori incompatible, entre Chomsky et Sapir-Whorf s'avère inspiratrice. Landragin cite également Les langages de Pao de Vance ou Babel 17 de Delany, dont il a été question ici.
Frédéric Landragin a écrit l'intéressant Comment parler à un alien ? où il évoque comment communiquer avec des intelligences inconnues. Le présent livre et ce dernier évoquent la magnifique nouvelle L'histoire de ta vie de Ted Chiang qui a inspiré l'excellentissime Premier contact de Denis Villeneuve. La thèse de Sapir-Whorf, battue en brèche comme l'explique le livre de Landragin, y est mise en avant. Dans le film, l'heptapode B, langage atemporel, fait écho au xemahoa B, langage enchâssé, de L'enchâssement.
On pourra regretter l'absence de l'auto-référence (le paradoxe du menteur), mais cela aurait été sans doute trop ambitieux. Je renvoie à Epiménide le menteur de Koyré ou encore au mythique Gödel, Escher, Bach, les brins d'une guirlande éternelle de Hofstadter pour s'enfoncer dans des essais sur la récursivité et l'auto-référence. En terme de langage enchâssé par excellence, les langages de programmation, et surtout les langages de fonctionnels, Lisp, OCaml, avatars du lambda-calcul d'Alonso Church.
Pour la réédition de ce livre, paru initialement en 1974 (en France), l'éditeur a demandé une préface à l'auteur. Il nous raconte, son parcours, comment il a écrit ce livre, des anecdotes. Ian Watson, professeur de littérature, a enseigné en Afrique, notamment en Tanzanie, au Japon, à Birmingham. Il fût militant politique dans une organisation qu'il a quittée parce que trop complaisante envers un Soljenitsyne devenu réactionnaire, monarchiste et panslave (notamment contre l'indépendance de l'Ukraine). Dans sa préface, Watson explique que le livre comprend des extraits de rapports de la RAND Corp., le cabinet McKinsey de l'armée américaine. L'auteur s'est amusé a cité, dans le livre, des passages de prédictions, certainement dûment tarifées, complètement à côté de la plaque de ces oracles-consultants. L'enchâssement est son premier roman.
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