Ameimse a publié une critique de L'invicivilité des fantômes par Rivers Solomon
L'incivilité des fantômes
5 étoiles
Avec cette lecture de 'L'incivilité des fantômes', j'achève le cycle entamé l'été dernier de découverte des textes -parus à ce jour- de l'auteurice Rivers Solomon. Je n'ai pas suivi l'ordre de publication, et c'est ainsi que, un an après, j'en arrive à la lecture de ce qui est son premier roman, publié en 2017.
Se déroulant dans un futur éloigné où la Terre a été abandonnée, le cadre de l'histoire est celui d'un vaisseau spatial au sein duquel s'est structurée une société théocratique esclavagiste, dont le fonctionnement apparaît comme une évocation directe de l'histoire esclavagiste américaine. On y suit la trajectoire d'Aster, assignée à un quotidien de servitude dans les bas-ponts, qui croise celle de Theo, dont l'amitié et le statut social élevé ouvrent à Aster différents accès. Aster et Theo sont deux figures qui, par leur existence même comme par leurs actions, troublent chacune à leur manière l'ordre …
Avec cette lecture de 'L'incivilité des fantômes', j'achève le cycle entamé l'été dernier de découverte des textes -parus à ce jour- de l'auteurice Rivers Solomon. Je n'ai pas suivi l'ordre de publication, et c'est ainsi que, un an après, j'en arrive à la lecture de ce qui est son premier roman, publié en 2017.
Se déroulant dans un futur éloigné où la Terre a été abandonnée, le cadre de l'histoire est celui d'un vaisseau spatial au sein duquel s'est structurée une société théocratique esclavagiste, dont le fonctionnement apparaît comme une évocation directe de l'histoire esclavagiste américaine. On y suit la trajectoire d'Aster, assignée à un quotidien de servitude dans les bas-ponts, qui croise celle de Theo, dont l'amitié et le statut social élevé ouvrent à Aster différents accès. Aster et Theo sont deux figures qui, par leur existence même comme par leurs actions, troublent chacune à leur manière l'ordre genré et racial maintenu d'une main de fer.
Au fil d'un huis clos parfois étouffant, chargé en violences et en traumatismes, Rivers Solomon propose une histoire de survie et de résilience, de refus et de révolte. Le style de l'auteurice est brut et direct pour capturer avec précision des scènes d'injustice et d'exploitation banales dans cette société, comme pour narrer l'exécution glaçante de mesures de rétorsion exceptionnelles et déchirantes. Les émotions affleurent sous une plume dont la lecture happe et remue. La narration, parfois hachée, pas toujours linéaire, vient renforcer la tension sous-jacente au récit. Si l'on perçoit qu'il s'agit d'un premier roman, dans lequel l'auteurice expérimente, prend quelques raccourcis, voire cède à certaines conventions tout en en détournant d'autres, il émane de l'ensemble une puissance qui m'a particulièrement touchée.
En résumé, un roman de science-fiction dans lequel on retrouve déjà condensées les thématiques fortes qui traversent toutes les oeuvres de Rivers Solomon. Un livre, dur et fort à la fois, que j'ai eu du mal à reposer avant de l'avoir fini.
