Leito a publié une critique de Hildegarde par Léo Henry
Hildegarde
5 étoiles
Comme à chaque fois qu'un livre me laisse sur le cul, je n'arrive pas à me décider à en parler tout de suite, le temps de digérer et de me demander si j'ai vraiment des choses intéressantes à dire autres que "lisez-le", je repousse, le temps passe et rend le morceau encore plus impressionnant en même temps que mes souvenirs s'étiolent, et je me sens encore moins légitime à en parler. Mais quand il faut y aller…
Hildegarde est une moniale du XIe siècle dont la figure a peu à peu repris de l'importance ces dernières années grâce aux nombreux travaux qui posaient un nouvel œil sur sa biographie et son œuvre, ainsi qu'une canonisation tardive, en 2012.
Abbesse, prophétesse, compositrice, poète, médecine… difficile de circonscrire la dame de Bingen, et pourtant Léo Henry trouve une forme brillante, bien que déroutante au premier abord, pour la raconter : …
Comme à chaque fois qu'un livre me laisse sur le cul, je n'arrive pas à me décider à en parler tout de suite, le temps de digérer et de me demander si j'ai vraiment des choses intéressantes à dire autres que "lisez-le", je repousse, le temps passe et rend le morceau encore plus impressionnant en même temps que mes souvenirs s'étiolent, et je me sens encore moins légitime à en parler. Mais quand il faut y aller…
Hildegarde est une moniale du XIe siècle dont la figure a peu à peu repris de l'importance ces dernières années grâce aux nombreux travaux qui posaient un nouvel œil sur sa biographie et son œuvre, ainsi qu'une canonisation tardive, en 2012.
Abbesse, prophétesse, compositrice, poète, médecine… difficile de circonscrire la dame de Bingen, et pourtant Léo Henry trouve une forme brillante, bien que déroutante au premier abord, pour la raconter : il ne parle que d'autres personnes, en d'autres lieux et parfois d'autres siècles, sans quasiment la nommer pendant des chapitres entiers. Ce sont des personnes qui gravitent autour d'elle ou autour de son influence, en loin, puis de plus en plus proche, comme si une spirale se resserrait sur elle pour mieux la cerner. Des personnes dont la vie a été touchée, d'une manière ou d'une autre, par Hildegarde. De près (comme la famille, les bonnes sœurs bénédictines, son scribe…) ou de loin, parfois très loin, comme ce paysan mystique embarqué dans la première croisade, dont le récit dans ce roman pourrait bien m'avoir marqué à vie.
Car la force de Léo Henry, outre une idée magnifique pour construire sa biographie, c'est d'écrire dans une langue foisonnante, faite de mots précieux qui restent en bouche, et de formulations imagées, de trouvailles, de visions… Je serais très curieux de lire d'autres de ses livres.
À travers ce portrait en biais, l'auteur nous fait traverser un Moyen-Âge mystique, des visions, des histoires d'amours, il récrit la Genèse et l'Apocalypse, et je crois bien que s'il avait récrit tout le pavé indigeste et cruel de l'Ancien Testament, je l'aurais lu avec plaisir.
Tout ça est encore peu, pour ce qu'est ce livre, alors je rajouterai pour finir : "Lisez-le".