Ameimse a publié une critique de Soif de sang par Rivers Solomon
Soif de sang
4 étoiles
Un recueil composé de nouvelles et de courts essais que j'ai relu ces derniers jours, après une première lecture l'été dernier. Comme je n'avais rien écrit à son propos à l'époque, je saisis l'occasion d'y consacrer quelques lignes aujourd'hui. Avec le recul de tous les romans lus depuis de Rivers Solomon, je pense que j'ai d'autant plus apprécié le recueil comme oeuvre d'approfondissement, plutôt que d'introduction à l'univers de l'auteurice.
Les deux essais, avec une dimension autobiographique, sont l'occasion de mieux comprendre à quel point ce qu'iel écrit est puisé dans sa propre trajectoire de vie. Dans le premier, iel revient notamment sur son rapport à la lecture, son "régime littéraire [initial] composé entièrement d'oeuvres d'hommes blancs", puis ce qu'a représenté pour iel son "introduction à la science-fiction noire", à travers les écrits d'Octavia Butler. Comment, y compris dans le rejet de certains des choix narratifs de cette autrice, …
Un recueil composé de nouvelles et de courts essais que j'ai relu ces derniers jours, après une première lecture l'été dernier. Comme je n'avais rien écrit à son propos à l'époque, je saisis l'occasion d'y consacrer quelques lignes aujourd'hui. Avec le recul de tous les romans lus depuis de Rivers Solomon, je pense que j'ai d'autant plus apprécié le recueil comme oeuvre d'approfondissement, plutôt que d'introduction à l'univers de l'auteurice.
Les deux essais, avec une dimension autobiographique, sont l'occasion de mieux comprendre à quel point ce qu'iel écrit est puisé dans sa propre trajectoire de vie. Dans le premier, iel revient notamment sur son rapport à la lecture, son "régime littéraire [initial] composé entièrement d'oeuvres d'hommes blancs", puis ce qu'a représenté pour iel son "introduction à la science-fiction noire", à travers les écrits d'Octavia Butler. Comment, y compris dans le rejet de certains des choix narratifs de cette autrice, iel a puisé des concepts pour nourrir ses réflexions sur son rapport à son corps, à la sexualité et à la maternité. Dans le second, Rivers Solomon parle de maladie mentale, en la liant à ses conditions de vie et à la manière dont le capitalisme racial façonne ses représentations. En refusant qu'il soit possible de raisonner sur ces questions à la seule échelle individuelle, iel envisage plus largement ce que cela produit de devoir vivre "dans le moule de la culture occidentale blanche" sur des femmes noires "rejetées [...] loin des conventions normatives de la société".
Quant aux nouvelles, elles mettent toutes en scène des figures féminines marquées par des traumatismes, qui tentent de (se) (re)construire. Il y est question de racisme, de violences sexuelles, mais aussi de révoltes, allant plusieurs fois jusqu'au meurtre de la figure oppressive. Certaines versent dans le fantastique (la première, qui ouvre le recueil et lui donne son titre, "Soif de sang", raconte ce que produit jusque dans l'au-delà les meurtres, par une jeune esclavisée, de celles qu'elle était contrainte de considérer comme ses "maîtresses" - la nouvelle est particulièrement marquante), d'autres restent dans un registre purement réaliste et se déroulent à l'époque contemporaine. En filigrane, elles constituent toutes des récits sur ce que cela peut produire de vivre en tant que femme noire dans un pays patriarcal, à la longue histoire esclavagiste, comme les États-Unis.
En résumé, un recueil que j'ai encore plus apprécié en relecture, après m'être familiarisée avec l'oeuvre de Rivers Solomon. Et pour avoir, en plus de la découverte de 'L'incivilité des fantômes', relu l'ensemble des textes de l'auteurice ces dernières semaines : tout se relit particulièrement bien, et reste vraiment marquant.
