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GilB

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Je lis beaucoup de SF et de BD mais aussi de la littérature japonaise et américaine. Déjà utilisateur de Bookwyrm, je repars à zéro sur cette nouvelle instance. Je suis aussi sur Mastodon

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Robbie Arnott: Flammes (Paperback, French language, 2019, Actes Sud) No rating

[4 de couverture] Parce que les défuntes de la famille McAllister ont une fâcheuse propension …

Il naquit à l’instant où une femme, accroupie près d’un torrent froid, heurta deux cailloux lisses l’un contre l’autre. De ce choc jaillit une étincelle qui abritait en son sein chaleur, lumière, et… lui. Quelque part à l’intérieur de ce minuscule tison, il commença à exister, d’abord sous la forme d’une pensée brûlante, puis d’un proto-esprit. Il n’y avait pas de mots ni d’émotions, seulement de la vie. La sienne. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il existait, qu’il brûlait, et qu’il était en train de tomber. Mais il eut de la chance : il n’atterrit pas sur la terre humide ni sur l’herbe givrée, mais un berceau de feuille sèches que la femme avait préparé. Il se consuma, impuissant, jusqu’à qu’il obéisse à son instinct et se laisse absorber par les feuilles mortes. Là, dans une impressionnante flambée de vie, il se mit à briller. L’herbe noircit, un volute de fumée claire se forma et dans un coup d’éclat soudain, il n’était plus étincelle mais flamme, langue de feu jaune-orange qui dansait et grandissait, se nourrissant de feuilles et crachant du carbone.

— Flammes by  (Page 189)

Premiers paragraphes du chapitre Charbon

Émilie Querbalec: Les Jardins du temps (Paperback, Français language, Albin Michel Imaginaire)

[4e de couverture] Japon. Fin du XVIe siècle. Les troupes d’Oda Nobunaga donnent l’assaut contre …

Et c’était là le point essentiel : l’idée. À l’origine de la catastrophe, il y avait bel et bien un homme. Cet homme, elle l’avait traqué, elle avait suivi sa piste, l’avait perdu, retrouvé et reperdu au fil de ses multiples réincarnations. Et elle l’avait tué, oui, maintes et maintes fois tué, jusqu’à ce qu’elle constate que cela ne suffirait pas. Toutes ces années gaspillées à assouvir sa soif de vengeance, croyant rétablir la justice alors qu’elle était simplement aveuglée par la fureur et la peine. Pendant ce temps, les Émergences n’avaient cessé de prendre de l’ampleur, et le Temps, de se disloquer. Elle aurait pu arrêter cela. Elle aurait dû. Mais elle avait fini par comprendre. Ce n’était pas seulement l’homme qu’il fallait empêcher d’agir mais aussi l’idée, celle qu’il avait contribué à faire naître et grandir. Car, une fois conçue, une idée ne mourait jamais. Elle restait là, parfois à l’état latent, pour croître et gagner en puissance le moment venu, agrégeant d’autres idées qui la renforçait encore et encore, jusqu’à devenir finalement bien plus qu’une idée, mais une véritable Forme, qui elle-même engendrait d’autres Formes. Un monstre, en vérité. Et c’était ce monstre qu’il fallait abattre aujourd’hui, avant qu’il en soit totalement hors de contrôle.

— Les Jardins du temps by  (Page 243)

Émilie Querbalec: Les Jardins du temps (Paperback, Français language, Albin Michel Imaginaire)

[4e de couverture] Japon. Fin du XVIe siècle. Les troupes d’Oda Nobunaga donnent l’assaut contre …

La joue calée sur la nuque de sa monture, son buste ne faisant qu’un avec son corps souple et puissant, Apenanka voyait les Formes qui se déliaient dans le vent de la course en un panorama fantastique et mouvant. Les Formes étaient un peu comme les kamuy : des puissances de la nature et de l’Invisible. Son ourse s’étant arrêtée sur un rocher pour humer les odeurs portées par la brise, elle ne profita pour tendre la main. Un papillon s’incarna au bout de son index. Ses grandes ailes veloutées, infiniment délicates, brillèrent fugacement dans la lumière, avant de disparaître comme un songe. Tel était le pouvoir de la magie qui imprégnait leur pays à ses origines : un monde où les rivières coulaient sans entraves dans leur lit et où les dieux ours arpentaient paisiblement les forêts d’ormes et de sapins millénaires. Un monde où leur peuple allait librement de territoire en territoire, loin des rêves d’acier et de mort des Grandes Cités.

— Les Jardins du temps by  (Page 160)

Robbie Arnott: Flammes (Paperback, French language, 2019, Actes Sud) No rating

[4 de couverture] Parce que les défuntes de la famille McAllister ont une fâcheuse propension …

À la différence de nombreuses personnes sur cet étrange caillou austral, je n’ai pas de talents cachés. Pas de tours de magie, pas de don secret, pas de truc incroyable pour quoi que ce soit. Mais si je devais confesser une aptitude particulière, je vous parlerais de mon pincement. Ce n’est pas un mouvement réflexe du genou, ni les entrailles qui se serrent ou un nerf qui tressaute dans la nuque : c’est un pincement dans tous le corps, qui me fait frémir en me parcourant des pieds à la tête, dès qu’un incident est sur le point de se produire. C’est très précis. Ça m’arrive quand un voyou s’apprête à devenir violent, quand un client me ment, quand une piste en mène nulle part. Même avant que mes pneus ne chassent sur le verglas. C’est un pincement auquel je peux me fier, et en général je l’écoute. Je ne peux compter sur rien d’autre. Quand le Dernier Graham m’a parlé de Jack McAllister, j’ai eu un pincement. Si fort que j’ai cru tomber par la fenêtre. Mais pour la première fois, rien ne s’est passé. Pas d’accident, pas de violence, rien de négatif. Graham a continué à parler, et moi à l’écouter. Il était possible que ce soit un pincement à retardement, déclenché par la mention d’un truc particulier, annonciateur d’une menace encore invisible. Mais ça ne m’était jamais arrivé, alors je n’y ai plus prêté attention. Je me suis convaincue que c’était un raté. Pas de quoi s’inquiéter. On commet tous des erreurs.

— Flammes by  (Page 88 - 89)

quoted Où repose la hache by Ray Nayler

Ray Nayler: Où repose la hache (Paperback, French language, 2026, Le Bélial')

[4e de couverture] Demain, ici et ailleurs. L’Occident, en quête de repères dans un contexte …

Il regarda à l’intérieur de son diorama, comme elle lui avait dit de le faire, sans rien en attendre. La drogue commença à faire effet et il se mit à rire de l’absurdité de la situation. De ça, et de l’air si sérieux de sa compagne tandis qu’elle fixait sa propre boîte. À cet instant, une lueur apparut dans le cadre métallique. Un éclat de couleur emplit l’espace étroit, se scinda en une colline, une portion de ciel, un saule sous lequel un jeune homme était assis, livre à la main. La scène ne se présentait pas comme sur un écran, plutôt à la manière d’un hologramme. Mais plus vivant : un monde prenait naissance et remplissait le domaine contenu dans la boîte, parfait jusqu’au moindre détail. En s’approchant, il put même lire le titre du livre : Le Petit Prince. […] « C’est quoi le jeu ? – Ça n’a rien d’un jeu : c’est ce qu’il y a dans ton esprit. Ou, plus exactement, la transcription de son état. – Ça marche comment ? » […] « J’essaie encore de le comprendre. Mais ce que je veux savoir pour l’heure, c’est où je suis, moi, dans ta scène ? – Tu es le saule. La colline et le ciel, Même le livre. Tu es tout ça. »

— Où repose la hache by  (Page 43)

Ray Nayler: Où repose la hache (Paperback, French language, 2026, Le Bélial')

[4e de couverture] Demain, ici et ailleurs. L’Occident, en quête de repères dans un contexte …

Pourquoi n’avait-elle pas saisi qu’avec elle partie, elle libérait une part de lui ? Que tant qu’elle demeurait en sécurité, il le serait aussi. Une part de moi compte dans un endroit que je ne verrai jamais. Elle s’était trop préoccupée de son sort, et cela les avait détruits tous les deux. Voilà comment fonctionnait ce pays : l’imprudence condamnait ceux qui se souciaient des autres. La seule façon de survivre était l’indifférence à autrui. On ne pouvait pas permettre aux autres de compter. […] Une part de moi compte dans un endroit que je ne verrai jamais. Plus tard, elle lui avait parlé de l’intrication. Comment une particule pouvait être liée à un autre, et leur état corrélé où qu’elles se trouvent dans l’univers. Intrication. Le mot juste. Il avait failli en tant que père. Il avait échoué à lui apprendre l’indifférence. Il l’avait liée à lui. Et il les avait tuées tous les deux.

— Où repose la hache by  (Page 219)