Leito a publié une critique de Libres d'obéir (BD) par Johann Chapoutot
Libres d'obéir
3 étoiles
En attendant d'attaquer Les Irresponsables de Johann Chapoutot, j'ai ouvert cette adaptation d'un autre de ses essais, antérieur, qui se centre sur les héritages du nazisme dans la théorie managériale, notamment via la figure de Reinhard Höhn, ancien haut-gradé SS reconverti en tête pensante du management d'entreprise après la guerre.
Le sujet est passionnant, et éclaire des points très précis de la pensée nazie, de sa conception et son organisation du pouvoir, dont on retrouve beaucoup de traces dans l'organisation capitaliste du travail (une autonomie et une mission des subordonnés visant l'efficacité et le rendement maximal, sans laisser le choix des objectifs ni le pouvoir de refuser : la liberté d'obéir). J'ai été particulièrement marqué par le concept de polycratie, dans lequel l'état n'est plus qu'un outil, remplacé par des agences indépendantes qui luttent toutes les unes contre les autres (darwinisme administratif). Ce qui se traduit par une logique …
En attendant d'attaquer Les Irresponsables de Johann Chapoutot, j'ai ouvert cette adaptation d'un autre de ses essais, antérieur, qui se centre sur les héritages du nazisme dans la théorie managériale, notamment via la figure de Reinhard Höhn, ancien haut-gradé SS reconverti en tête pensante du management d'entreprise après la guerre.
Le sujet est passionnant, et éclaire des points très précis de la pensée nazie, de sa conception et son organisation du pouvoir, dont on retrouve beaucoup de traces dans l'organisation capitaliste du travail (une autonomie et une mission des subordonnés visant l'efficacité et le rendement maximal, sans laisser le choix des objectifs ni le pouvoir de refuser : la liberté d'obéir). J'ai été particulièrement marqué par le concept de polycratie, dans lequel l'état n'est plus qu'un outil, remplacé par des agences indépendantes qui luttent toutes les unes contre les autres (darwinisme administratif). Ce qui se traduit par une logique de surenchère, dans le but d'être celui qui portera au mieux les idées du chef, qui lui apportera le plus satisfaction, en anticipant ou en dépassant ses demandes (on imagine les horreurs qui ont pu sortir d'un tel mode de fonctionnement).
Il y a tout un tas d'autres concepts assez fous dont on reconnaît les traces encore aujourd'hui, mais globalement, cette bande dessinée est un peu trop dense à mon goût, ce qui la rend difficile à suivre voire indigeste, d'autant plus que certains mécanismes de mise en page, comme l'insistance typographique sur certains mots, tend à rendre la lecture assez lourde. Je ne sais pas si cet essai était compatible avec une adaptation en bande-dessinée, il faudra en tout cas que je le lise pour mieux en retenir les idées.
