Leito a publié une critique de Detroit Roma par Elene Usdin
Detroit Roma
5 étoiles
Ça faisait un temps que cette BD me faisait de l'œil, sans trop chercher à savoir pourquoi, jusqu'à-ce qu'on me l'offre tout récemment. Elle n'est donc pas restée bien longtemps sur la pile à lire, trop intrigué que j'étais.
C'est un mélange magnifique de plusieurs styles et de time-lines qui se croisent de manière assez déroutante dans un premier temps. L'histoire ne cesse de redémarrer ("Ça pourrait commencer là…" répété à chaque nouveau chapitre) sans qu'on sache dans quel ordre s'enchainent les évènements ni la suite qui les lie, ni même combien de temporalités s'entrecroisent (on en découvre encore une à la toute fin). Mais les fils se démêlent assez bien sur une histoire plus simple qu'il n'y paraît, sous ses atours de patchwork symbolique aux couleurs baroques.
Car c'est aussi un album éblouissant dans ses palettes de couleurs, et l'éventail large des styles proposés : l'ouverture tout …
Ça faisait un temps que cette BD me faisait de l'œil, sans trop chercher à savoir pourquoi, jusqu'à-ce qu'on me l'offre tout récemment. Elle n'est donc pas restée bien longtemps sur la pile à lire, trop intrigué que j'étais.
C'est un mélange magnifique de plusieurs styles et de time-lines qui se croisent de manière assez déroutante dans un premier temps. L'histoire ne cesse de redémarrer ("Ça pourrait commencer là…" répété à chaque nouveau chapitre) sans qu'on sache dans quel ordre s'enchainent les évènements ni la suite qui les lie, ni même combien de temporalités s'entrecroisent (on en découvre encore une à la toute fin). Mais les fils se démêlent assez bien sur une histoire plus simple qu'il n'y paraît, sous ses atours de patchwork symbolique aux couleurs baroques.
Car c'est aussi un album éblouissant dans ses palettes de couleurs, et l'éventail large des styles proposés : l'ouverture tout en traits colorés et texturés, couleurs saturées et disparition des intercases dans le road-trip, portraits biscornus sur le vif au stylo, gris-bleu du scandale sanitaire, le noir et blanc du cinéma… On explore l'imaginaire américain dans un mélange de fascination (les panneaux, les piscines de motels, les voitures…) et d'éclatement du mythe, par l'histoire de celles et ceux qui s'en trouvent exclu.e.s, par une violence physique ou psychologique.
Mention spéciale pour l'intro dans une sorte de Detroit alternatif où se répète le mythe de Romulus et Remus avec une tigresse à la place de la louve, et nos deux personnages principaux en nouvelles-nées. Quelques pages à peine qui m'ont immédiatement pris.
J'aime aussi beaucoup toute la référence à Boulevard du crépuscule de Billy Wilder avec le personnage de Gloria, la mère, qui s'imagine être une diva de l'âge d'or Hollywoodien, enfermée dans sa détresse et sa chambre à se passer en boucle ses films préférés (et le petit jeu tacite qui consiste à essayer de reconnaître tous les films cités).
C'est dans l'ensemble un très beau livre, qui peut se lire plusieurs fois (il y a certainement des choses qui échappent à la première lecture, et la narration invite à revenir en arrière pour mieux apprécier ce qu'on a manqué la première fois).