olivier a publié une critique de Les orphelins par Éric Vuillard (Un endroit où aller)
4 étoiles
Un récit original de la vie de Billy. Très beau. Prend en compte le contexte sociale l'époque, la construction des Etats-Unis.
Une histoire de Billy the Kid
Rien n’est plus énigmatique qu’un portrait. Il y a cinq ou six ans, je suis tombé sur la photographie qui se trouve aujourd’hui en couverture du livre. Une jeune femme et un jeune homme nous regardent avec une désinvolture prodigieuse. La jeune femme tient un révolver, ce n’est pas un instrument comme un autre, c’est un instrument qui libère par la violence des servilités du travail. C’est nous, les honnêtes gens, que le jeune homme et la jeune femme menacent.
En écrivant la vie de Billy the Kid et …
Rien n’est plus énigmatique qu’un portrait. Il y a cinq ou six ans, je suis tombé sur la photographie qui se trouve aujourd’hui en couverture du livre. Une jeune femme et un jeune homme nous regardent avec une désinvolture prodigieuse. La jeune femme tient un révolver, ce n’est pas un instrument comme un autre, c’est un instrument qui libère par la violence des servilités du travail. C’est nous, les honnêtes gens, que le jeune homme et la jeune femme menacent.
En écrivant la vie de Billy the Kid et de ses compagnons d’infortune, je voulais élucider cette insolence, découvrir ce qu’elle montre et ce qu’elle cache. Je me suis demandé si l’âme d’un pauvre renégat, jeté sur les routes malgré lui, ne pouvait pas contenir en elle tous les mystères du monde.
J’ai fouillé la vie du Kid, son taudis à New York lorsqu’il était enfant, la mort de sa mère, ses premiers larcins, et en partant de son histoire intime, de la vie d’un pauvre petit truand, je suis retombé, sans le vouloir, sur la grand-route de l’Histoire humaine. En cette fin de XIXe siècle, les grands propriétaires terriens des États-Unis firent momentanément appel à des hordes de brigands pour chasser les Indiens de leur territoire, rançonner les fermiers, chasser les petits squatters. Des nuées de desperados furent les auxiliaires indispensables d’une accumulation de richesses sans précédent. Mais très vite le pouvoir se concentre, et les avocats de la capitale, les magnats de Santa Fe, loin, très loin des règlements de comptes des petits truands à leur solde, organisent les premières élections. Une fois devenus sénateurs ou gouverneurs, ils n’ont plus besoin des bandes de hors-la-loi qu’ils avaient employées pour faire régner la terreur et accumuler leurs richesses. Ainsi, ce que l’on reconnaît sur la photographie légendaire, dans les yeux de la jeune femme et du jeune homme terriblement désinvoltes, c’est leur jeunesse qui se dépense en pure perte. Comme eux, Billy ne tirera rien de sa liberté et mourra, jeune et pauvre, à l’âge de vingt et un ans. On se souvient de la formule révolutionnaire, “La liberté ou la mort”, ce fut peut-être leur maxime secrète.
10x19cm, 176 pages
Publié par Actes Sud.
Un récit original de la vie de Billy. Très beau. Prend en compte le contexte sociale l'époque, la construction des Etats-Unis.
Un récit lu durant un aller-retour en RER le même jour Dans sa manière très personnelle de nous narrer une histoire, E. Vuillard donne de la chair aux personnages et nous les rend humains et vivants. Il nous les montre sans fard la vie des gens de l'Ouest américain après cette fameuse conquête. On est loin de la vision fantasmée du cinéma hollywoodien. Vuillard ne parle que peu de la guerre d'extermination menée contre les peuples qui vivaient là. Par contre, il nous montre comment certains se sont enrichis aux dépens des fermiers et éleveurs, en poursuivant une forme d'exploitation à grande échelle : je prends ce qui m'intéresse quelqu'en soit le prix pour les autres et par n'importe quel moyen. La même approche que ces pistoleros qu'ils utilisaient également. Certains, comme Pat Garet, revenaient du "bon" côté après avoir vécu un temps comme hors-la-loi, et d'autres, comme The Kid, …
Un récit lu durant un aller-retour en RER le même jour Dans sa manière très personnelle de nous narrer une histoire, E. Vuillard donne de la chair aux personnages et nous les rend humains et vivants. Il nous les montre sans fard la vie des gens de l'Ouest américain après cette fameuse conquête. On est loin de la vision fantasmée du cinéma hollywoodien. Vuillard ne parle que peu de la guerre d'extermination menée contre les peuples qui vivaient là. Par contre, il nous montre comment certains se sont enrichis aux dépens des fermiers et éleveurs, en poursuivant une forme d'exploitation à grande échelle : je prends ce qui m'intéresse quelqu'en soit le prix pour les autres et par n'importe quel moyen. La même approche que ces pistoleros qu'ils utilisaient également. Certains, comme Pat Garet, revenaient du "bon" côté après avoir vécu un temps comme hors-la-loi, et d'autres, comme The Kid, y restaient et mourraient jeunes, très jeunes. Par contre on écrit un récit qui masque cela et Vuillard le met en lumière en déplaçant le point de vue loin de la vision en cinémascope !