Leito a publié une critique de Bug par Enki Bilal (Bug, #1)
Bug - Livre 1
3 étoiles
On part sur un pitch d'anticipation en mode Ravage de Barjavel où, pour une raison inconnue, toute l'informatique mondiale (excepté les communications) a cessé de fonctionner) au moment même où une mission revient de Mars. Le seul survivant, qui est infecté par un parasite extraterrestre, semble avoir intégré tout le savoir numérisé qui a disparu de la surface de la Terre.
Légère déception avec cette dernière série de Enki Bilal, qui me semble pencher facilement sur une critique "boomerisante" de la dépendance à la technologie (plus personne ne connaît l'orthographe, les adolescentes qui se suicident parce qu'elles n'ont plus de portable, et globalement plus personne ne sait se servir de son cerveau...) qui pourrait pourtant être un sujet intéressant et nuancé. Pareil pour ses propositions de la géopolitique du futur (il a toujours inventé dans ses BD comment le monde serait redessiné par les forces en jeu) qui …
On part sur un pitch d'anticipation en mode Ravage de Barjavel où, pour une raison inconnue, toute l'informatique mondiale (excepté les communications) a cessé de fonctionner) au moment même où une mission revient de Mars. Le seul survivant, qui est infecté par un parasite extraterrestre, semble avoir intégré tout le savoir numérisé qui a disparu de la surface de la Terre.
Légère déception avec cette dernière série de Enki Bilal, qui me semble pencher facilement sur une critique "boomerisante" de la dépendance à la technologie (plus personne ne connaît l'orthographe, les adolescentes qui se suicident parce qu'elles n'ont plus de portable, et globalement plus personne ne sait se servir de son cerveau...) qui pourrait pourtant être un sujet intéressant et nuancé. Pareil pour ses propositions de la géopolitique du futur (il a toujours inventé dans ses BD comment le monde serait redessiné par les forces en jeu) qui me semble très simpliste, et à légère tendance xénophobe. Peut-être que j'en demande trop à un auteur qui veut juste faire une BD d'anticipation stylée avec un peu d'action, mais je ne crois pas que ce soit le genre de l'auteur de ne pas se donner des airs sérieux. Peut-être aussi que tout cela était déjà là depuis longtemps, et que je le lis simplement aujourd'hui avec des yeux plus mûrs que pendant mon adolescence, où l'univers et la patte visuelle me masquaient ces défauts potentiels.
Mais en parlant d'univers visuel, justement, si le dessin et les couleurs sont toujours aussi beaux et travaillés, je trouve que le texte, à savoir la police, les cadres de texte, les onomatopées, sont d'une laideur décevante, ne s'intègrent pas au dessin (problème de nature, de texture, de trait, effet de numérique collé sur des illustrations à la main...), et j'ai presque envie de parler de fainéantise artistique, ou éditoriale, car c'est un défaut qui saute aux yeux, surtout dans le livre d'un artiste grandement loué pour son style.
Dernier détail qui me frappe, c'est à quel point tous les personnages ont le même look (qu'on pourrait associer au style, justement, mais je pense que c'est plus pernicieux) notamment les femmes : mâchoire dessinée, pomettes saillantes, joues extrêmement creusées et lèvres pulpeuses. Un vrai prototype de mannequinat des années 2000, ente anorexie et chirurgie esthétique, une représentation éculée des femmes et uniformisante (même si les hommes ont aussi tous quasiment la même tête) chez quelqu'un dont les capacités graphiques ne sauraient être un frein à la diversité des représentations. Ça demande juste un peu plus de travail, de recherche et d'imagination.
Je suis peut-être un peu dur, pour un livre qui se lit bien et qui donne envie de savoir où ira la suite. Mais l'ensemble de ces petits détails ont fait que je n'ai pu me dépêtrer d'une sorte de malaise à la lecture, accompagné d'une légère déception devant une proposition "bâclée" (évidemment il y a quand même un travail colossal pour sortir un tel livre) ou en tout cas qui ne se pose pas vraiment les questions qu'elle soulève. Ce qui est un gros défaut à mon goût, surtout quand on se donne des airs de sérieux comme Enki Bilal.