Crapounifon@bookwyrm.social a publié une critique de Lumières aveugles par Benjamin Labatut
Folie géniale, géniale physique, physique chimie, etc.
3 étoiles
L'auteur avait écrit un article vain en faisant des analogies pédantes (à moins que ce ne soit l'inverse) entre folie de la société et de l'individu dans la revue so hype Le grand continent. Hugues Jallon, dans un article de son blog Le temps des salauds, la vitupérait en montrant que c'était la revue du gotha intello et gouvernemental européen. Le même blog dont est extrait le livre éponyme que j'ai critiqué il y a peu. Pour en revenir au livre de Labatut, la curiosité et la présentation m'ont poussé vers ce livre. Une histoire des génies scientifiques modernes par l'anecdote et le romancé. L'introduction est la partie non romancée, il y enchaîne ainsi une passionnante histoire des sciences et des techniques dans laquelle la petite et la grande histoire se mêlent de manière funeste. Cela confirme le goût de Labatut pour les analogies et les associations d'idées …
L'auteur avait écrit un article vain en faisant des analogies pédantes (à moins que ce ne soit l'inverse) entre folie de la société et de l'individu dans la revue so hype Le grand continent. Hugues Jallon, dans un article de son blog Le temps des salauds, la vitupérait en montrant que c'était la revue du gotha intello et gouvernemental européen. Le même blog dont est extrait le livre éponyme que j'ai critiqué il y a peu. Pour en revenir au livre de Labatut, la curiosité et la présentation m'ont poussé vers ce livre. Une histoire des génies scientifiques modernes par l'anecdote et le romancé. L'introduction est la partie non romancée, il y enchaîne ainsi une passionnante histoire des sciences et des techniques dans laquelle la petite et la grande histoire se mêlent de manière funeste. Cela confirme le goût de Labatut pour les analogies et les associations d'idées aux allures d'anadiploses (cheval de course, course à pied, pied à terre...) haletantes. Il a un talent certain pour le fil en aiguille. Je n'en dis pas plus sur les liens entre le bleu de Prusse, un Juif patriote, Napoléon, la Shoah, Mary Shelley, le guano ou encore la guerre chimique. Viennent ensuite les parcours incroyables de trois grands physiciens qui participèrent aux fondations de la mécanique quantique. Mais, comme l'article évoqué plus haut , il y a quelques raccourcis et erreurs. Par exemple, lorsque Heisenberg explique son principe d'« incertitude » à son mentor, Niels Bohr. Celui en aurait conclu, ni une ni deux, tout bonnement la fin du déterminisme. Bohr ou Labatut, on ne sait pas qui va trop vite en besogne. Déjà, l'incertitude est inexacte, il s'agit d'indétermination, due à la non-commutativité des matrices utilisées dans la mécanique quantique. Autre erreur :
Einstein devint le plus grand ennemi de la mécanique quantique.
Non, il était adversaire de l'interprétation de Copenhague. D'ailleurs si elle est aujourd'hui majoritaire, avant mêmes les expériences d'Alain Aspect, ces dernières n'ont fait qu'infirmer la position d'Einstein et non confirmer celle de Bohr.
Surtout le sujet se base sur un postulat que l'on sait, au moins aujourd'hui, inexact : la proximité du génie et de la folie. Il est vrai qu'à voir ces exemples de Karl Schwarzchild, de Werner Heisenberg ou d'Erwin Schrödinger et le niveau d'exaltation et de passion dont ils firent preuve... on a les preuves qui ne confirment pas une règle. Le petit livre ne mentionne pas la pédophilie de Schrödinger qui ne fût connue qu'un après sa publication. Mais il parle d'une pulsion déplacée de ce Schrödinger à qui l'on doit l'expérience de pensée du chat mort et vivant à la fois et l'équation homonyme, fondation de la mécanique quantique.
Avec ce recul, on peut lire ce livre, au moins l'introduction, avec grand plaisir et en apprenant une multitude de choses, petites ou grandes et en appréhendant l'exaltation de grands savants conscients de révolutionner notre façon de voir le monde.