Cela fait depuis que j'ai vu la très belle adaptation cinématographique du roman par Jean-Jacques Arnaud, en 1986, avec Sean Connery, au sommet de sa carrière, et Christian Slater, alors encore tout jeune acteur de 18 ou 19 ans, que je souhaiteme plonger dans ce récit. Et bien voilà, au milieu de la canicules au fond de ma « cellule » de réfugiée de la chaleur, alors que je suis en flottement, ne sachant pas trop quoi faire, mais sentant, avec toujours plus d'urgence, que je dois absolument me remettre à ire, et pas seulement de la sociologie ou de l'histoire, mais aussi de la fiction. Donc,je me lance là, maintenant ! Et je tombe sur un vieux Adso de Melk qui commence son récit en se plaignant des jeunes tous nuls! Oui, ça commence par un gros « C'était mieux avant ! » 🤣
Cela fait depuis que j'ai vu la très belle adaptation cinématographique du roman par Jean-Jacques Arnaud, en 1986, avec Sean Connery, au sommet de sa carrière, et Christian Slater, alors encore tout jeune acteur de 18 ou 19 ans, que je souhaiteme plonger dans ce récit. Et bien voilà, au milieu de la canicules au fond de ma « cellule » de réfugiée de la chaleur, alors que je suis en flottement, ne sachant pas trop quoi faire, mais sentant, avec toujours plus d'urgence, que je dois absolument me remettre à ire, et pas seulement de la sociologie ou de l'histoire, mais aussi de la fiction. Donc,je me lance là, maintenant ! Et je tombe sur un vieux Adso de Melk qui commence son récit en se plaignant des jeunes tous nuls! Oui, ça commence par un gros « C'était mieux avant ! » 🤣
[Rattrapage de notes vieilles de plusieurs mois, on fait ce qu'on peut…]
La belle coïncidence a voulu que je sois en train de lire les nouvelles de Cuentos completos de Jorge Luis Borges juste avant celui-ci, et que la filiation de Umberto Eco au maître ès citations-érudites-trop-précises-et-nombreuses-pour-être-honnêtes m'a donc sauté aux yeux. La bibliothèque labyrinthique qui referme tout le savoir du monde, évidemment. Mais aussi cette très particulière débauche de savoir et de références savantes lâchées en permanence pour étayer le propos. On parle de bien trop de lectures et de mémoire pour un simple humain — ce qui me mène souvent à estimer que la moitié est inventé, pour ne pas admettre la réalité qui est tout simplement que Eco n'est pas humain.
Pour finir sur la parenté littéraire avec Borges, il y a un élément évident mais que j'ai mis plus de temps à voir parce …
[Rattrapage de notes vieilles de plusieurs mois, on fait ce qu'on peut…]
La belle coïncidence a voulu que je sois en train de lire les nouvelles de Cuentos completos de Jorge Luis Borges juste avant celui-ci, et que la filiation de Umberto Eco au maître ès citations-érudites-trop-précises-et-nombreuses-pour-être-honnêtes m'a donc sauté aux yeux. La bibliothèque labyrinthique qui referme tout le savoir du monde, évidemment. Mais aussi cette très particulière débauche de savoir et de références savantes lâchées en permanence pour étayer le propos. On parle de bien trop de lectures et de mémoire pour un simple humain — ce qui me mène souvent à estimer que la moitié est inventé, pour ne pas admettre la réalité qui est tout simplement que Eco n'est pas humain.
Pour finir sur la parenté littéraire avec Borges, il y a un élément évident mais que j'ai mis plus de temps à voir parce que je n'étais pas familier de la biographie de l'écrivain argentin : c'est que Eco avait carrément glissé Borges dans son roman, en la personne de… Jorge, le vieux fou et aveugle (comme l'auteur à la fin de sa vie) qui se rappelle de tous les ouvrages qu'il a lu.
Sinon, c'est un roman policier qui sert d'excuse à un roman historique qui sert d'excuse à une réflexion sur le savoir et le pouvoir — à peu près dans cet ordre-là, je crois. Le tout en profitant d'avoir des moines fort doctes à disposition pour faire des discussions théologiques qui ne sont que de la philosophie et de la morale saupoudrées de mystique.
Sans avoir jamais vu l'adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud, je connaissais la clé de l'énigme, ce qui ne m'a pas empêché de bien profiter de l'enquête sherlockienne de Guillaume de Baskerville qui n'est que l'os autour duquel on a plein de bon gras à ronger. Même si Umberto Eco a effectivement la même tendance que Victor Hugo à être trop docte, mais qui peut lui en vouloir ?
Surtout quand on lit sa passionnante post-face où il livre généreusement sa méthode de travail (colossale) et ses principes d'écriture (bornés) qui en font un gars qui ne rigole vraiment pas avec le matériau qu'il a dans les mains (au point de se demander si on n'a pas été un lecteur un peu trop léger vu les ambitions…) mais qui en fait quelque chose de passionnant.
Je discutais de ce livre l'autre jour avec Y. mon libraire préféré, et il me disait comment il tenait à éviter ces best-sellers mondiaux, ou plutôt à en retarder la fréquentation. Je n'ai pu m'empêcher de mentionner Les misérables, et il y a des similitudes entre ces deux romans, au delà des différences formelles évidentes. Eco ne peut s'empêcher de faire disserter ses personnages, alors que Hugo se garde pour lui-même ces splendides digressions sur l'argot ou l'architecture parisienne. Dans les deux cas, on connaît déjà l'histoire, ou on croit la connaître, et le cinéma nous y aide un peu.
Il n'empêche qu'un jour, le livre se met entre vos mains et exige d'être lu. Alors les cavaliers de l'Apocalypse démarrent leur terrifiante cavalcade, les flammes de l'orgueil dévorent la librairie pendant qu'un moine s'en va, emportant avec lui le visage d'une femme dont il n'aura pas connu le nom.