Leito a publié une critique de Perpendiculaire au soleil par Valentine Cuny Le-Callet
Perpendiculaire au soleil
5 étoiles
Valentine Cuny Le-Callet, encore étudiante aux Arts Déco, s'inscrit dans un programme de correspondance avec des détenus condamnés à mort aux États-Unis. Commence alors un échange épistolaire avec Renaldo McGirth, incarcéré depuis près de 10 ans. De leurs échanges naîtra ce livre, écrit à quatre mains, mais que Renaldo ne peut pas signer en raison d'une loi américaine sur le droit d'auteur concernant les détenus.
L'œuvre qui en ressort est très belle et très puissante. Le mélange de différents styles graphiques (gravure sur bois, stylo, gouache parfois...), associés à un travail remarquable de mise en page et de composition, multipliant les symboles et les références, en font un très bel objet qui arrête régulièrement la lecture pour laisser place à la contemplation. Et ce n'est pas pour autant que le discours est laissé de côté puisque c'est en fin de compte une somme ou un état des lieux d'un …
Valentine Cuny Le-Callet, encore étudiante aux Arts Déco, s'inscrit dans un programme de correspondance avec des détenus condamnés à mort aux États-Unis. Commence alors un échange épistolaire avec Renaldo McGirth, incarcéré depuis près de 10 ans. De leurs échanges naîtra ce livre, écrit à quatre mains, mais que Renaldo ne peut pas signer en raison d'une loi américaine sur le droit d'auteur concernant les détenus.
L'œuvre qui en ressort est très belle et très puissante. Le mélange de différents styles graphiques (gravure sur bois, stylo, gouache parfois...), associés à un travail remarquable de mise en page et de composition, multipliant les symboles et les références, en font un très bel objet qui arrête régulièrement la lecture pour laisser place à la contemplation. Et ce n'est pas pour autant que le discours est laissé de côté puisque c'est en fin de compte une somme ou un état des lieux d'un système pénal (peine de mort) et carcéral contreproductif, embourbé dans ses failles et contradictions.
L'administration pénitentiaire, procédurière, absurde, qui régule la vie des détenus jusqu'au plus infime détail (dépossession de soi) et notamment, puisque c'est au coeur de ce livre, dans leurs correspondances, qu'elles compliquent ou empêchent (contre-indications, censure, multiplication des démarches, solutions alternatives incomplètes...). Et à côté de ça l'élan vital et la curiosité d'un homme condamné depuis qu'il a eu 18 ans, qui se raccroche coûte que coûte au monde extérieur pour ne pas se laisser engloutir, ne pas céder à l'inévitable "à quoi bon ?".
Il y a évidemment beaucoup d'autres choses abordées ici, mais le mieux reste d'aller lire ce superbe objet puis, pourquoi pas, s'inscrire soi aussi à un programme d'échange avec un.e détenu.e.
Mention spéciale tout de même pour les entreprises qui pillent le travail gratuit d'un côté pour se faire de l'argent de l'autre, sur le dos de détenus déjà au ban de la société et sans revenus (des tablettes de lecture où l'on paie 3 centimes la minute et qui sont pleines de livres du Projet Gutenberg), ça m'a fait sortir de mes gonds.