Leito a publié une critique de Plouhéran par Isabel Del Real
Plouhéran
4 étoiles
Les dessins oniriques en noir et blanc de ce récit de voyage ouvrent l'appétit d'ailleurs. Les rencontres et les aventures aussi donnent envie de partir dans l'inconnu, bivouaquer, choisir son itinéraire au jour-le-jour, se faire des amis à l'improviste, faire face à l'inattendu, à ses peurs…
C'est réjouissant de voir quelqu'un produire un bel objet comme cette bande-dessinée (je crois même qu'il existe une édition complétée d'aquarelles couleur) pour raconter une expérience exceptionnelle, mais toutefois similaire à d'autres qu'on peut croiser sur des blogs ou des des réseaux sociaux et qui finissent par toutes se ressembler dans la manière dont elles choisissent de se (re)présenter aux autres. Le temps du dessin et de l'écriture permettent un retour réflexif (et un tri) sur cette aventure de plusieurs mois, et un regard différent de celui posé par l'urgence du (quasi)direct, des selfies, des caméras 360 et des images de drone, qui …
Les dessins oniriques en noir et blanc de ce récit de voyage ouvrent l'appétit d'ailleurs. Les rencontres et les aventures aussi donnent envie de partir dans l'inconnu, bivouaquer, choisir son itinéraire au jour-le-jour, se faire des amis à l'improviste, faire face à l'inattendu, à ses peurs…
C'est réjouissant de voir quelqu'un produire un bel objet comme cette bande-dessinée (je crois même qu'il existe une édition complétée d'aquarelles couleur) pour raconter une expérience exceptionnelle, mais toutefois similaire à d'autres qu'on peut croiser sur des blogs ou des des réseaux sociaux et qui finissent par toutes se ressembler dans la manière dont elles choisissent de se (re)présenter aux autres. Le temps du dessin et de l'écriture permettent un retour réflexif (et un tri) sur cette aventure de plusieurs mois, et un regard différent de celui posé par l'urgence du (quasi)direct, des selfies, des caméras 360 et des images de drone, qui ont leur intérêt et leurs avantages, mais qui restent du contenu, inscrit dans une logique de performance, et laissant assez peu de place au temps du récit et aux formes qu'il peut prendre (même dans le cadre desdits réseaux sociaux, qui ont largement prouvé qu'ils pouvaient être des lieux de création en soi).
Ceci étant dit, si on est bien dans un récit de voyage émancipateur et bien loin de la vision coloniale/orientaliste, etc… qui a vu naître le genre, et si on parle bien de dormir dehors dans le froid ou au milieu de chiens sauvages et agressifs, on est bien sur un récit petit-bourgeois, avec ses références culturelles, son aisance à se mouvoir dans tout milieu et toute langue, et une vilaine tendance à adopter des expressions populaires de manière semi-ironique (mais bien inconsciente). Le temps de l'écriture n'a pas produit de questionnement sur la possibilité du départ et du voyage, ni sur le profil des autres voyageurs rencontrés sur la route. Je ne saurais pas le reprocher à l'autrice, je ne sais pas si ça aurait sa place dans ce livre-ci, mais ça m'a suffisamment sauté aux yeux tout au long de la lecture pour que je n'arrive jamais complètement à me défaire de cette idée.