Leito a publié une critique de Anaïs Nin par Léonie Bischoff
Anaïs Nin
3,5 stars
Je ne connaissais pas du tout l'autrice Anaïs Nin, et à vrai dire, je ne me doutais même pas que c'était un personnage réel avant d'ouvrir cette bande-dessinée inspirée de ses journaux intimes.
La plus grande qualité de ce livre, outre de remettre sur le devant de la scène une figure littéraire féminine majeure, c'est son traitement graphique, très inventif et très libre, qui parvient parfaitement à traduire en images l'intériorité, les conflits, les désirs, les angoisses de son personnage. Il y a de nombreuses très belles pages et on ne s'en lasse pas.
Ce qui fait défaut, en revanche, c'est le recul sur ce que raconte l'autrice. Certes sa liberté d'esprit et son style révolutionnaire, sa liberté sexuelle et ses ambitions d'artistes nous font transparaître une figure d'avant-garde, un modèle d'inspiration féministe (mais pas que). On en tire bien toutes les conclusions habituelles sur la place des …
Je ne connaissais pas du tout l'autrice Anaïs Nin, et à vrai dire, je ne me doutais même pas que c'était un personnage réel avant d'ouvrir cette bande-dessinée inspirée de ses journaux intimes.
La plus grande qualité de ce livre, outre de remettre sur le devant de la scène une figure littéraire féminine majeure, c'est son traitement graphique, très inventif et très libre, qui parvient parfaitement à traduire en images l'intériorité, les conflits, les désirs, les angoisses de son personnage. Il y a de nombreuses très belles pages et on ne s'en lasse pas.
Ce qui fait défaut, en revanche, c'est le recul sur ce que raconte l'autrice. Certes sa liberté d'esprit et son style révolutionnaire, sa liberté sexuelle et ses ambitions d'artistes nous font transparaître une figure d'avant-garde, un modèle d'inspiration féministe (mais pas que). On en tire bien toutes les conclusions habituelles sur la place des femmes en société et dans l'art au XXe siècle et au-delà, mais sur le plan du récit, c'est extrêmement répétitif. L'inventivité présente dans le dessin s'efface dans la construction du récit qui en fin de compte semble n'être plus qu'une suite de scènes de sexe. On pourrait avancer que l'érotisme fait partie intégrante de l'œuvre de cette autrice, mais je crois surtout que le problème vient d'une trop grande linéarité et surtout une trop grande fidélité dans l'adaptation proposée. On assiste ainsi sans broncher à une scène de viol conjugal, et plus loin dans le récit à une scène d'inceste des plus dérangeantes. Aucun retour n'est fait sur la violence de ces situations (même l'inverse pour l'inceste puisqu'il est quasiment décrit comme une expérience libératrice), et je pense sincèrement que même si l'autrice a traité ces épisodes de cette manière dans son journal intime à son époque, il n'était pas nécessaire de suivre à la lettre ce traitement aujourd'hui. Un peu de recul critique aurait été bienvenu.
Ça reste une bande-dessinée très intéressante, et peut-être que je n'ai pas bien compris ce qu'avait fait Léonie Bischoff de son personnage, je suis preneur d'autres avis.