Leito a publié une critique de À l'est des rêves par Nastassja Martin
Àl'est des rêves
4 étoiles
Curieux de beaucoup de thèmes dans l'ethnographie tout en ayant très peu de connaissances sur le sujet, j'ai commencé À l'est des rêves sans savoir où ça me mènerait. Un des aspects qui me fascine le plus est la méthodologie, l'approche, comment on crée contact avec des gens pour les étudier ? Comment on échappe à ce rapport surplombant, intellectualisant et artificiel ? Quelles sont les conditions d'un travail si long ? Et ensuite, comment restituer un mode de pensée, un rapport au monde, sans le mettre en boîte ? Nastassja Martin parle aussi un peu de tout cela dans son livre, s'appuyant sur d'autres auteurs (Lévi -Strauss notamment) pour donner les clés de sa pensée.
Et pour être tout à fait honnête, il y a des moments où je me sentais un peu largué, quand la théorie poussait loin, notamment pour parler des rêves (ce qui est malheureusement …
Curieux de beaucoup de thèmes dans l'ethnographie tout en ayant très peu de connaissances sur le sujet, j'ai commencé À l'est des rêves sans savoir où ça me mènerait. Un des aspects qui me fascine le plus est la méthodologie, l'approche, comment on crée contact avec des gens pour les étudier ? Comment on échappe à ce rapport surplombant, intellectualisant et artificiel ? Quelles sont les conditions d'un travail si long ? Et ensuite, comment restituer un mode de pensée, un rapport au monde, sans le mettre en boîte ? Nastassja Martin parle aussi un peu de tout cela dans son livre, s'appuyant sur d'autres auteurs (Lévi -Strauss notamment) pour donner les clés de sa pensée.
Et pour être tout à fait honnête, il y a des moments où je me sentais un peu largué, quand la théorie poussait loin, notamment pour parler des rêves (ce qui est malheureusement pour moi le centre du sujet). Mais j'ai suivi jusqu'au bout car j'ai trouvé passionnant l'histoire de ce peuple nomade, rendu sédentaire et dépossédé de ses troupeaux de rennes sous l'URSS pour être intégré à des kolkhozes, et dont une fraction (ceux dont parle le livre) est revenue à la vie dans la forêt, avec toutes les luttes et contradictions que cela apporte (l'absence de rennes et les besoins inévitables que peut demander la modernité).
Il m'a semblé - mais j'ai expliqué plus haut que ma compréhension avait parfois atteint ses limites - que l'axe principal selon lequel il y aurait une leçon d'écologie à retirer de la manière de vivre de Even est un peu tirée par les cheveux, si ce n' est par cette leçon que c'est la manière dont on pose ses yeux sur le monde qui guide la manière dont on le traite (ici l'animisme qui donne corps à tout ce qui les entoure et encourage le dialogue avec les autres êtres vivants et l'inanimé notamment via les rêves). C'est très bien dit et exposé dans ce livre, mais ce n'est pas quelque chose de nouveau à mes yeux (on a déjà beaucoup critiqué la vision de la nature héritée des Lumières - des machines à maîtriser et dominer - je crois).