Leito a publié une critique de La tejedora de coronas par Germán Espinosa
La tejedora de coronas
4 étoiles
Pour une édition en français, voir La Carthagénoise chez La Différence.
C'est un roman historique à la première personne, celle de Genoveva Alcocer qui, au XVIIIe siècle et suite au siège de sa ville natale de Carthagène des Indes par la flotte de Louis XIV, voyage de par le monde et rencontre parmi les plus grands esprits de ce siècle, géographes, écrivains, philosophes, peintres, hommes politiques, médecins... Témoin privilégié de l'évolution globale – mais géographiquement hétérogène – de l'obscurantisme religieux (dont le noyau dur est le royaume d'Espagne et son Inquisition) vers les idées des Lumières dans un monde occidental en plein bouleversement.
Ce roman, à travers les yeux d'une femme actrice de cette ébullition intellectuelle dont le centre symbolique est la France, célèbre le pouvoir de la pensée, de l'esprit analytique et critique, la connaissance du monde par l'expérience (dont l'héliocentrisme de Copernic, défendu par Galilée, est …
Pour une édition en français, voir La Carthagénoise chez La Différence.
C'est un roman historique à la première personne, celle de Genoveva Alcocer qui, au XVIIIe siècle et suite au siège de sa ville natale de Carthagène des Indes par la flotte de Louis XIV, voyage de par le monde et rencontre parmi les plus grands esprits de ce siècle, géographes, écrivains, philosophes, peintres, hommes politiques, médecins... Témoin privilégié de l'évolution globale – mais géographiquement hétérogène – de l'obscurantisme religieux (dont le noyau dur est le royaume d'Espagne et son Inquisition) vers les idées des Lumières dans un monde occidental en plein bouleversement.
Ce roman, à travers les yeux d'une femme actrice de cette ébullition intellectuelle dont le centre symbolique est la France, célèbre le pouvoir de la pensée, de l'esprit analytique et critique, la connaissance du monde par l'expérience (dont l'héliocentrisme de Copernic, défendu par Galilée, est un précédent fondateur). Le symbolisme et l'ésotérisme sont regardés d'un oeil critique par la narratrice, sans complètement les mettre de côté en raison d'épisodes bouleversants dans sa vie trop remplie pour pouvoir tout expliquer de manière cartésienne.
Chaque chapitre est composé d'une seule et unique phrase, en un long flux qui figure la manière dont la mémoire ne se structure pas selon les lois du temps et de l'espace, puisque c'est la vieille Genoveva qui raconte ses péripéties au crépuscule de sa vie. Pour nous lecteur.ice.s, ça signifie se plonger dans un courant continu, dense et passionnant, mais exigeant, où la moindre perte de concentration fait perdre le fil. Si c'est passionnant dans la manière et la virtuosité avec laquelle l'auteur fait des transitions (subtiles, parfois imperceptibles) et sur la manière de raconter une vie, ça peut devenir usant au bout de quelques centaines de pages quand on a l'impression de toujours en revenir à l'épisode de la prise de Carthagène
J'ai eu aussi quelques réserves sur la prépondérance dans le récit de la vie sexuelle de la narratrice, quand bien même ça ferait montre d'une liberté émancipatrice dans un monde qui ne s'y prête pas, m'a paru être une sorte de fantasme de vieil écrivain lubrique, tout féministe que soit son récit. Les quelques commentaires sur le caractère ou les attributs des personnes noires m'ont confirmé dans cette idée d'un auteur pas hyper en phase avec la représentation des minorités.
À part ces anicroches assez ponctuelles, c'est une expérience de lecture plutôt passionnante, une narration très romanesque de cette époque charnière qui a changé la face du monde.