Allius@bw.heraut.eu a publié une critique de Sorcières et sorciers, histoire et mythes par Michelle Zancarini-Fournel
L'historicité plus que le mythe
4 étoiles
Dans cet ouvrage, l'autrice replace la sorcière (et le sorcier) dans son historicité, jusqu'à la création du mythe.
Bien que la condamnation pour acte de sorcellerie concerne les sorcières comme les sorciers, ce sont majoritairement des femmes qui sont jugées (7 sur 10). Toutefois, l'autrice l'interprète comme le résultat du patriarcat qui règne au XVIe-XVIIe siècle plus qu'à un mythe de la sorcière. En effet, les condamnations proviennent plus de querelles de voisinages que de rafles inquisitoriales. C'est au XIXe siècle que le mythe de la sorcière se renforce véritablement. La sorcière est alors vu comme une femme rebelle, indépendante, puissante, manipulant les plantes aussi bien pour la guérison que l'empoisonnement. On appose alors une vision romantique sur la sorcière moyenâgeuse. Fait intéressant, à cette même époque, on condamnait des femmes pour hystérie d'une manière semblable aux condamnations du mythe. C'est bel et bien les femmes qui ne se …
Dans cet ouvrage, l'autrice replace la sorcière (et le sorcier) dans son historicité, jusqu'à la création du mythe.
Bien que la condamnation pour acte de sorcellerie concerne les sorcières comme les sorciers, ce sont majoritairement des femmes qui sont jugées (7 sur 10). Toutefois, l'autrice l'interprète comme le résultat du patriarcat qui règne au XVIe-XVIIe siècle plus qu'à un mythe de la sorcière. En effet, les condamnations proviennent plus de querelles de voisinages que de rafles inquisitoriales. C'est au XIXe siècle que le mythe de la sorcière se renforce véritablement. La sorcière est alors vu comme une femme rebelle, indépendante, puissante, manipulant les plantes aussi bien pour la guérison que l'empoisonnement. On appose alors une vision romantique sur la sorcière moyenâgeuse. Fait intéressant, à cette même époque, on condamnait des femmes pour hystérie d'une manière semblable aux condamnations du mythe. C'est bel et bien les femmes qui ne se plient pas à la volonté du patriarcat qui sont maltraitées et les mythes ne font que servir cette vision masculiniste.
Alors l'autrice nous interroge sur la réappropriation du mythe de la sorcière dans les luttes écoféministes. Alors oui, ce dernier crée quelques dérives avec la wicca ou le new age. Ces luttes s'approprient la "sorcellerie" pseudo-scientifique, voire carrément sectaire avec l'image de la femme rebelle et révoltée contre le système patriarcat. L'autrice critique tout ceci avec le regard de l'historienne qui ne voit chez la sorcière qu'une victime de querelle de voisinage. Et à ce niveau, je trouve qu'il manque une analyse. Ce ne sont pas les mouvements des luttes écoféministes qui ont fondé le mythe de la sorcière mais bien le système patriarcal. C'est comme cela que lui voit les femmes qui ne se soumettent pas à ses injonctions. Alors ces mêmes femmes n'ont-elles pas le droit, à leur tour, de se réapproprier ce mythe pour le retourner contre le système plutôt que de se contenter de souligner le manque d'historicité dans ce mythe ? Bien sûr tout en condamnant toute dérive liée à la Wicca et autre.
Pour conclure, je dirais que ce livre présente une historicité intéressante de la sorcellerie, sans toutefois proposer une analyse plus poussée sur le mythe. Mais je serais très heureux de pouvoir en débattre (et surtout d'apprendre).