Arsène a noté Une belle grève de femmes : 4 étoiles

Une belle grève de femmes de Anne Crignon
Douarnenez (Finistère), l’hiver 1924. Dans les vingt conserveries de sardines, deux mille « filles d’usine » œuvrent nuit et jour, …
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Douarnenez (Finistère), l’hiver 1924. Dans les vingt conserveries de sardines, deux mille « filles d’usine » œuvrent nuit et jour, …
Après avoir lu le récit de Lucie Colliard, j'ai pris le temps de lire le texte de Anne Crignon. Celui-ci reprend beaucoup d'extraits du texte de Colliard et de propos recueillis par Anne Denes Martin (Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton) auprès de ses ouvrières. Anne Crignon retrace les conditions extrêmement dures dans lesquelles vivaient la population de Douarnenez à l'époque, autant le travail à l'usine vécue dès l'âge de 10 ans par les filles, jusqu'à la mort pour toutes car il n'y avait ni sécurité sociale ni retraite een ce temps-là, que dans la vie quotidienne de toutes ces familles où seul le chant et l'entraide apportaient la joie, avec le souci d'être bien apprêtée le dimanche à la messe. Elle campe assez bien les principaux personnages emblématiques de cette grève, le maire Le Flanchec (dont la fin tragique a quelque peu terni l'image …
Après avoir lu le récit de Lucie Colliard, j'ai pris le temps de lire le texte de Anne Crignon. Celui-ci reprend beaucoup d'extraits du texte de Colliard et de propos recueillis par Anne Denes Martin (Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton) auprès de ses ouvrières. Anne Crignon retrace les conditions extrêmement dures dans lesquelles vivaient la population de Douarnenez à l'époque, autant le travail à l'usine vécue dès l'âge de 10 ans par les filles, jusqu'à la mort pour toutes car il n'y avait ni sécurité sociale ni retraite een ce temps-là, que dans la vie quotidienne de toutes ces familles où seul le chant et l'entraide apportaient la joie, avec le souci d'être bien apprêtée le dimanche à la messe. Elle campe assez bien les principaux personnages emblématiques de cette grève, le maire Le Flanchec (dont la fin tragique a quelque peu terni l'image qu'il avait acquise lors de cette grève), Lucie Colliard, l'institutrice révoquée pour son pacifisme et membre du jeune PCF et de la CGT-U, comme Charles Tillon qui s'illustra ensuite dans la résistance et comme ministre au sortir de la guerre et Joséphine Pencalet, surtout connue comme la première femme élue au conseil municipal et que le PCF, par la suite, n'a pas vraiment soutenu. Et bien d'autres qui illustrent l'importance qu'avait pris cette grève de 6 semaines. D'ailleurs, cette grève s'est appuyée sur l'expérience d'une précédente en 1905, qui n'avait pas été victorieuse. Ce livre retrace donc assez bien cette épopée de fin 1924 (la grève débute le 20 novembre), avec 'accord signé le 6 janvier 1925 où toutes les revendications des femmes sont satisfaites. Peut-être ne peut-on affirmer que ce fut une grève féministe, mais ce fut bel et bien une grève de femmes, d'ouvrières et ce n'est pas rien.
Le texte initial de Lucie Colliard www.gaucherepublicaine.org/wp-content/uploads/2016/09/colliard-une-belle-greve-de-femmes-1925.pdftg
J'avais déjà écouté sur France Culture un podcast de 5 épisodes adaptés du livre, mais cela m'avait laissé sur ma faim que j'ai assouvie. Le texte est le premier roman policier de l'auteur où il met en place l'univers et les personnages qui peupleront les suivants : le capitaine Coste, son équipe du groupe 1 de la Crim du 93, la légiste...et surtout le 93. L'enquête est bien racontée, avec les détails nécessaires pour la rendre bien réaliste. Les personnages sont bien décrits avec leurs failles personnelles, y compris les personnages secondaires, pour montrer leur part d'humanité. Tous les renseignements sont apportés au fur et à mesure, nous ne sommes pas dans un roman policier type Agatha Christie avec un dénouement inattendu. C'est un bon polar qui tient ses lecteurs en haleine.
J'avais déjà écouté sur France Culture un podcast de 5 épisodes adaptés du livre, mais cela m'avait laissé sur ma faim que j'ai assouvie. Le texte est le premier roman policier de l'auteur où il met en place l'univers et les personnages qui peupleront les suivants : le capitaine Coste, son équipe du groupe 1 de la Crim du 93, la légiste...et surtout le 93. L'enquête est bien racontée, avec les détails nécessaires pour la rendre bien réaliste. Les personnages sont bien décrits avec leurs failles personnelles, y compris les personnages secondaires, pour montrer leur part d'humanité. Tous les renseignements sont apportés au fur et à mesure, nous ne sommes pas dans un roman policier type Agatha Christie avec un dénouement inattendu. C'est un bon polar qui tient ses lecteurs en haleine.
Si le graphisme de Taniguchi est toujours aussi remarquable, j'avoue que ces deux récits concernant un couple qui ont des animaux de compagnie (le 1er sur la dernière année de vie du chien, le 2nd sur une chatte qui a une portée) ne font pas parti de mes sujets de prédilection. Quant au 3ème récit autour du rapport d'un homme à la montagne (plutôt la conquête d'un des plus hauts sommets du monde), lui non plus ne m'a pas emballé. Pourtant il faut reconnaître à la fois la précision des dessins, les suggestions qui y sont travaillées puis mises en images, et même le découpage du scénario, vraiment Taniguchi est un maître en la matière.
Si le graphisme de Taniguchi est toujours aussi remarquable, j'avoue que ces deux récits concernant un couple qui ont des animaux de compagnie (le 1er sur la dernière année de vie du chien, le 2nd sur une chatte qui a une portée) ne font pas parti de mes sujets de prédilection. Quant au 3ème récit autour du rapport d'un homme à la montagne (plutôt la conquête d'un des plus hauts sommets du monde), lui non plus ne m'a pas emballé. Pourtant il faut reconnaître à la fois la précision des dessins, les suggestions qui y sont travaillées puis mises en images, et même le découpage du scénario, vraiment Taniguchi est un maître en la matière.
Le roman graphique (en 2 tomes) est une adaptation d'un roman intimiste d'Iromi Kawakami. On découvre le quotidien d'une trentenaire célibataire, qui vit seule et c'est à travers elle qu'on découvre le déroulement de l'histoire à travers une série de rencontres. Elle ne semble pas particulièrement rechercher de rencontres amoureuses. Assez recluse dans son monde où ses pensées vont et viennent, parfois empreintes de tristesse, mais surtout satisfaite de la vie qu'elle s'est choisie, elle a ses habitudes. C'est ainsi qu'elle croise à plusieurs reprises un homme coiffé d'un chapeau avec son incontournable cartable, qui déjeune comme elle dans un de ces petits restaurants de Tokyo. Ils ont les mêmes goûts et se retrouvent régulièrement sans pour autant se donner rendez-vous. Cet ancien professeur qu'elle a eu au lycée, tout en retenue et délicatesse, se confie parfois. Le "maître" comme elle l'appelle, est veuf et il semble parcourir la ville …
Le roman graphique (en 2 tomes) est une adaptation d'un roman intimiste d'Iromi Kawakami. On découvre le quotidien d'une trentenaire célibataire, qui vit seule et c'est à travers elle qu'on découvre le déroulement de l'histoire à travers une série de rencontres. Elle ne semble pas particulièrement rechercher de rencontres amoureuses. Assez recluse dans son monde où ses pensées vont et viennent, parfois empreintes de tristesse, mais surtout satisfaite de la vie qu'elle s'est choisie, elle a ses habitudes. C'est ainsi qu'elle croise à plusieurs reprises un homme coiffé d'un chapeau avec son incontournable cartable, qui déjeune comme elle dans un de ces petits restaurants de Tokyo. Ils ont les mêmes goûts et se retrouvent régulièrement sans pour autant se donner rendez-vous. Cet ancien professeur qu'elle a eu au lycée, tout en retenue et délicatesse, se confie parfois. Le "maître" comme elle l'appelle, est veuf et il semble parcourir la ville sans trop qu'on sache ce qu'il fait ou cherche. Petit à petit, il y a une certaine forme de complicité qui se noue, une forme d'attirance ne serait-ce que par les repas partagés dont on apprend à connaître les saveurs. Elle est troublée par ce qu'elle ressent et en opposition avec l'ancien camarade de classe qui cherche à nouer une relation avec elle. C'est très fin, les dessins proposent une lecture des sentiments à travers les gestes qui sont choisis et les regards ou les expressions de visage. Une retranscription d'un entretien entre Taniguchi et Kawakami clôt l'ouvrage et donne d'autres ouvertures.

Un récit pudique et délicat, tissé de bonheurs fugaces et d’enchantements saisis au vol : Jirô Taniguchi au meilleur de …
Après avoir vu l'adaptation au théâtre à Avignon de ce texte, j'ai retrouvé dans ma mémoire le décor, l'acteur qui débitait le texte d'une manière tellement poignante. Lorsque j'ai vu la pièce, je me souviens de cette remarque attribuée au procureur, policier, journaliste, etc. "on ne meurt pas pour si peu" et en relisant le texte, Laurent Mauvignier fait bien apparaître l'indécence de cet énoncé. Il ne s'agit pas de cela, mais bien de la place des personnes qui se retrouvent en marge de la société, qu'on ne veut pas voir et dont l'existence n'a plus d'importance aux yeux de tout un chacun, ils errent dans la ville, sales souvent, dorment dehors, mendient de quoi manger ou boire et ne trouvent que des regards qui les évitent, car ils dérangent par leur existence l'équilibre de la société. Du coup, quelle importance à leur accorder, ces quelques claques, injures, coups assénés …
Après avoir vu l'adaptation au théâtre à Avignon de ce texte, j'ai retrouvé dans ma mémoire le décor, l'acteur qui débitait le texte d'une manière tellement poignante. Lorsque j'ai vu la pièce, je me souviens de cette remarque attribuée au procureur, policier, journaliste, etc. "on ne meurt pas pour si peu" et en relisant le texte, Laurent Mauvignier fait bien apparaître l'indécence de cet énoncé. Il ne s'agit pas de cela, mais bien de la place des personnes qui se retrouvent en marge de la société, qu'on ne veut pas voir et dont l'existence n'a plus d'importance aux yeux de tout un chacun, ils errent dans la ville, sales souvent, dorment dehors, mendient de quoi manger ou boire et ne trouvent que des regards qui les évitent, car ils dérangent par leur existence l'équilibre de la société. Du coup, quelle importance à leur accorder, ces quelques claques, injures, coups assénés par des vigiles qui se sentent au-dessus et qui se sentent le droit de s'en prendre impunément à ces moins que rien. Un texte court, dérangeant pour notre bonne conscience car nous en croisons tous les jours des gens en marge, qui n'ont jamais choisi de le devenir, qui avaient des rêves, une famille, une enfance, des amis, des voisins, une histoire...et que nous évitons de regarder car ils nous renvoient une image de nous-mêmes qui nous dérange. Pourtant, cela devrait nous mettre en colère contre cette société qui les crée, une indignation collective car cela va bien au-delà des vies individuelles.
Ce roman policier est très intéressant. Il décrit la complexité des personnages.qui vont évoluer au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête. Il ne s'agit pas seulement de la recherche de l'auteur du crime mais bien de comprendre tous les personnages, un par un, qu'ils soient témoins, possibles suspects et enquêteurs. Leurs liens, ce qui les animent, leurs histoires personnelles, leurs motivations, tout ce qui donne sens est petit à petit mis au jour, mais comme il s'agit d'une enquête, les clés apparaissent à la fin du roman.
Ce roman policier est très intéressant. Il décrit la complexité des personnages.qui vont évoluer au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête. Il ne s'agit pas seulement de la recherche de l'auteur du crime mais bien de comprendre tous les personnages, un par un, qu'ils soient témoins, possibles suspects et enquêteurs. Leurs liens, ce qui les animent, leurs histoires personnelles, leurs motivations, tout ce qui donne sens est petit à petit mis au jour, mais comme il s'agit d'une enquête, les clés apparaissent à la fin du roman.
Une interview de Mathilde Audasso sur son livre très éclairante www.hors-serie.net/emissions/la-psychanalyse-est-elle-de-gauche/
Le titre est une reprise de celui de Marc Bloch, au lendemain de la défaite de la France face à l'Allemagne nazie en 1940. Il est suivi du sous-titre "Sur le consentement à l'écrasement de Gaza". Didier Fassin passe en revue ce qui a suivi le 7 octobre 2023. Déjà il n'oublie pas tout ce qui a précédé cette date depuis la création de l'état d'Israël au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale sur un territoire alors peuplé très majoritairement par des Palestiniens, territoire sous mandat britannique. Il rappelle cette colonisation des terres palestiniennes en contradiction absolue des décisions prises à l'époque, en opposition absolue de toutes les résolutions successives prises à l'ONU. Il met en évidence la manière éhontée des puissances occidentales d'invisibiliser les souffrances infligées aux Palestiniens, à Gaza mais aussi en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, de nier le caractère génocidaire de la guerre entreprise par l'armée israélienne, …
Le titre est une reprise de celui de Marc Bloch, au lendemain de la défaite de la France face à l'Allemagne nazie en 1940. Il est suivi du sous-titre "Sur le consentement à l'écrasement de Gaza". Didier Fassin passe en revue ce qui a suivi le 7 octobre 2023. Déjà il n'oublie pas tout ce qui a précédé cette date depuis la création de l'état d'Israël au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale sur un territoire alors peuplé très majoritairement par des Palestiniens, territoire sous mandat britannique. Il rappelle cette colonisation des terres palestiniennes en contradiction absolue des décisions prises à l'époque, en opposition absolue de toutes les résolutions successives prises à l'ONU. Il met en évidence la manière éhontée des puissances occidentales d'invisibiliser les souffrances infligées aux Palestiniens, à Gaza mais aussi en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est, de nier le caractère génocidaire de la guerre entreprise par l'armée israélienne, de réprimer toutes les manifestations de soutien au peuple palestinien y compris les demandes de type humanitaire ou de cessez-le-feu, de caractériser comme otages les Israéliens retenus par le Hamas et de prisonniers les Palestiniens retenus de manière tout aussi arbitraire par l'armée et les institutions israéliennes, d'omettre les tortures subies par ces derniers... De fait les puissances occidentales soutiennent le pouvoir israélien pour plusieurs raisons. La première tourne autour de leur responsabilité dans ce qu'on nomme la Shoah, le génocide des juifs commis par les nazis avec le soutien de plusieurs pays comme la France. C'est aussi la poursuite d'une logique coloniale occidentale menée par Israël contre les arabes, le racisme sous-tendu vis-à-vis des arabes, avec une confusion volontaire entre arabes/musulmans/terroristes comme d'ailleurs entre antisémite/antisioniste. Et enfin, les crédits accordés par les USA qui permettent à Israël d'acquérir des armes américaines (ce qui fait tourner les usines américaines) et de les tester en s'en servant. Sans oublier que cela permet de fait d'accéder à des ressources en matières premières ! Et le texte, écrit en mai 2924, n'a rien perdu de sa force de dénonciation. D'ailleurs, il en a écrit un nouveau en 2025 qui poursuit cette description terrible et l'actualité lui donne raison !

Avec le recul du temps, les événements qui, après l'attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre 2023, se sont déroulés …