Lorsque j'ai discuté certains des arguments du présent texte avec des collègues lors de trois formations organisées par mon syndicat, une image est revenue à chaque fois : celle de la fable du colibri. Cette image a été évoquée à propos de l'idée selon laquelle se focaliser sur l'éducation était un moyen bien commode pour ne pas transformer ici et maintenant. Tout miser sur l'éducation est une forme sournoise de procrastination politique : rien d'étonnant à ce qu'elle soit si appréciée des politicien·nes au pouvoir, qui donnent ainsi l'impression de vouloir tout changer sans rien changer. [...]
C’est confort l’éducation ! Confortable et confortant. C’est rassurant de dire que l’on va planter les graines d’une société juste pour l’avenir, cela permet d’accepter la société injuste d’aujourd’hui. Cela soulage de se dire qu’on agit, tout en n’agissant pas vraiment. [...]
Ce ne sont pas seulement les dirigeant·es politiques qui trouvent leur compte dans ce jeu de dupes. C’est aussi nous-mêmes, féministes, éducateurices, enseignant·es, professeur·es, etc. Il y a la bonne conscience qui va avec l’idée qu’on « fait sa part », comme le colibri. Rien n’est plus démobilisant et dépolitisant que la bonne conscience des petits gestes individuels qui suffisent à (se) donner l’impression d’être un·e bon·ne citoyen·ne, plein·e de civisme. Les « petites graines » (plantées dans la tête des enfants !) pour l’avenir font partie de ces petits gestes qui permettent de rentrer le soir à la maison avec le sentiment du devoir accompli. Contre celleux qui disent qu’il faut cultiver notre jardin, rappelons que « l’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage », que « le féminisme sans anticapitalisme, c’est du développement personnel », etc.