Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.
Finlande, dans les années 1990. Le quotidien à la maison n’est pas facile pour Nipsou. …
Une lecture que j’ai trouvé bouleversante et extrêmement dure. 150 pages de cauchemar. À travers une succession de scénettes quasiment sans paroles, l’enfance et l’adolescence d’une môme vivant avec sa mère alcoolique. Le dessin contribue parfaitement à l’ambiance, extrêmement glauque. Attention, c’est dur, mentions d’alcool et d’auto-mutilation.
27 récits qui se déroulent à Montréal dans les années 1990 et qui mettent en …
Pas vraiment ce à quoi je m’attendais. Les vies rencontrées ici sont plus souvent de classe moyenne que dans les marges, et Montréal est un décor davantage qu’un personnage. Mais Monique Proulx a du talent, et quelques pépites se cachent parmi ces nouvelles, pour leur style ou la finesse du portrait.
Secrets de famille, déchirures cachées, enfance gothique, anxiétés sexuelles et grande littérature.. Une autobiographie familiale …
Un ouvrage plus profond qu’il ne se présente au premier regard. Je l’ai commencé comme le récit d’une enfance queer dans une petite ville des Appalaches et les années 60. Mais ce n’est pas tant l’enfance et l’adolescence qui est le sujet ici, mais plutôt la relation entre Alison et son père, relation dont on découvre progressivement la complexité. Enfin, dans les derniers chapitres, la dimension littéraire s’éclaire, avec des références qui m’ont pour la plupart échappées – Alison et son père son féru·es de littérature anglaise, je n’y connais rien. Petite frustration, il y a dans ce récit une grande absente, Helen, la mère. Heureusement, Alison Bechdel lui a consacré un livre, C’est toi ma maman, qu’il me tarde de lire. Un livre introspectif sur l’identité et la transmission intergénérationnel, qui m’a bien plu.
Un ouvrage plus profond qu’il ne se présente au premier regard. Je l’ai commencé comme le récit d’une enfance queer dans une petite ville des Appalaches et les années 60. Mais ce n’est pas tant l’enfance et l’adolescence qui est le sujet ici, mais plutôt la relation entre Alison et son père, relation dont on découvre progressivement la complexité.
Enfin, dans les derniers chapitres, la dimension littéraire s’éclaire, avec des références qui m’ont pour la plupart échappées – Alison et son père son féru·es de littérature anglaise, je n’y connais rien.
Petite frustration, il y a dans ce récit une grande absente, Helen, la mère. Heureusement, Alison Bechdel lui a consacré un livre, C’est toi ma maman, qu’il me tarde de lire.
Un livre introspectif sur l’identité et la transmission intergénérationnel, qui m’a bien plu.
Entre les statues de marbre et les tableaux de maîtres, …
Deuxième album de Chabouté que je lis, et la bonne impression que m’avait fait « Plus loin qu’ailleurs » se confirme. Musée est un album contemplatif en noir et blanc, sans parole pendant un long moment. Un hommage au musée d’Orsay en mélangeant scénettes de jour parmi les gens qui visitent, et de nuit, quand les œuvres vivent leur vie. Par petites touches, tout un univers se met en place, qu’on découvre avec l’impression d’être un peu voyeur et un grand sourire. L’inconvénient est qu’à présent j’ai très envie de retourner me promener au musée d’Orsay.
Deuxième album de Chabouté que je lis, et la bonne impression que m’avait fait « Plus loin qu’ailleurs » se confirme. Musée est un album contemplatif en noir et blanc, sans parole pendant un long moment. Un hommage au musée d’Orsay en mélangeant scénettes de jour parmi les gens qui visitent, et de nuit, quand les œuvres vivent leur vie. Par petites touches, tout un univers se met en place, qu’on découvre avec l’impression d’être un peu voyeur et un grand sourire.
L’inconvénient est qu’à présent j’ai très envie de retourner me promener au musée d’Orsay.
Qui es-tu, Tian Fushi ? Un artiste incompris de l'industrie du manga, un citoyen dépravé …
Je ne peux pas dire que j’ai aimé, mais j’ai pris une claque. Le graphisme alterne entre manga, dessins animés à la Ghost in the shell, et psychédélisme. Au service d’une histoire que j’ai trouvé profondément déprimante. Une succession d’anecdotes qui rendent parfaitement compte de l’ennui et de l’absence de perspectives du personnage, jeune étudiant gay dans une petite ville chinoise. Une expérience pas très plaisante mais qui valait la peine.
Quand Marsu et Thom se rencontrent dans un congrès d'architectes au bout du monde, c'est …
Une authentique utopie hippie. Pour l’apprécier, il faut accepter le principe d’un monde où tout le monde est beau et sans contingences matérielles, s’aime, et où la technologie est là pour nous ouvrir d’innombrables possibilités. On n’est pas loin d’une réclame pour le metaverse. Mais, je ne sais comment, mon cynisme devait être occupé ailleurs, j’ai réussi à me plonger dans cet univers et l’ai savouré comme une pastille d’insouciance, sans y chercher autre chose.
Navigateur capable de diriger son voilier solaire sur les océans en suspension de la Nuée, …
L’argument ne m’attirait guère mais les nombreuses critiques lues sur Masto ont eu raison de mes réticences. J’en ressort mitigé. C’est un grand récit d’aventure, à la Jules Verne, une rencontre entre le Voyage au centre de la terre et les monstroplantes. Mais c’est un récit trop classique par rapport à mes attentes du moment. De la littérature d’évasion sans guère de portée politique. L’univers est intéressant mais je n’ai pas réussi à m’y plonger, car il m’a rappelé par certains aspects un livre lu voilà des années et qui m’avais mis mal à l’aise. L’univers est assez sombre, mais heureusement, la noirceur est éclairée par la belle relation d’Ateaa avec sa petite crabe, et l’épilogue est doux, il me laissera probablement un bon souvenir de ces quelques heures passées à naviguer dans la Nuée.
L’argument ne m’attirait guère mais les nombreuses critiques lues sur Masto ont eu raison de mes réticences. J’en ressort mitigé. C’est un grand récit d’aventure, à la Jules Verne, une rencontre entre le Voyage au centre de la terre et les monstroplantes. Mais c’est un récit trop classique par rapport à mes attentes du moment. De la littérature d’évasion sans guère de portée politique. L’univers est intéressant mais je n’ai pas réussi à m’y plonger, car il m’a rappelé par certains aspects un livre lu voilà des années et qui m’avais mis mal à l’aise.
L’univers est assez sombre, mais heureusement, la noirceur est éclairée par la belle relation d’Ateaa avec sa petite crabe, et l’épilogue est doux, il me laissera probablement un bon souvenir de ces quelques heures passées à naviguer dans la Nuée.
C'est l'histoire d'un coin tranquille à la campagne. Un couple achève d'y retaper une vieille …
C’est ici le Davodeau documentariste, qui nous parle d’une ferme voisine où travaillent trois paysans, affiliés à la Confédération Paysanne, qui élèvent 70 vaches pour produire du lait bio. Petit regret, au quotidien de la vie de la ferme, Davodeau ajoute le récit de la construction d’une autoroute, qui vient balafrer la campagne et expulser ses habitant·es. Les deux sujets m’ont intéressé, mais chacun aurait à mon humble avis mérité son propre livre. Une fois de plus, j’ai adoré le ton, et beaucoup appris, sur la vie dans un petit élevage. Dans une actualité où le sujet de la paysannerie est souvent monopolisé par la FNSEA et la CR, ça fait du bien de rencontrer des gens de la Conf. Découvrir la vie des vaches dans une petite unité de production, où elles ne sont pas trop maltraitées, m’a renforcé dans ma volonté d’éviter les produits laitiers. Une lecture aussi …
C’est ici le Davodeau documentariste, qui nous parle d’une ferme voisine où travaillent trois paysans, affiliés à la Confédération Paysanne, qui élèvent 70 vaches pour produire du lait bio.
Petit regret, au quotidien de la vie de la ferme, Davodeau ajoute le récit de la construction d’une autoroute, qui vient balafrer la campagne et expulser ses habitant·es. Les deux sujets m’ont intéressé, mais chacun aurait à mon humble avis mérité son propre livre.
Une fois de plus, j’ai adoré le ton, et beaucoup appris, sur la vie dans un petit élevage. Dans une actualité où le sujet de la paysannerie est souvent monopolisé par la FNSEA et la CR, ça fait du bien de rencontrer des gens de la Conf. Découvrir la vie des vaches dans une petite unité de production, où elles ne sont pas trop maltraitées, m’a renforcé dans ma volonté d’éviter les produits laitiers.
Une lecture aussi utile que plaisante.
En décembre 1991 et janvier 1992, pour connaître un autre point de vue que celui …
Une enquête en Palestine à l’époque de la première Intifada. Un livre profondément déprimant. D’abord pour son récit. Joe Sacco rend compte des conditions de vie sous l’occupation, en Cisjordanie et à Gaza. Les récits de violences se succèdent, la plupart des gens ont perdu des proches, assassinés par l’armée israélienne, la plupart ont passé des mois dans des cachots, ont subi des tortures. Les témoignages se répètent sur des centaines de pages. Et c’est d’autant plus déprimant que ce récit date du début des années 90. Les Palestinien·nes subissaient alors ces violences depuis environ 45 ans. Aujourd’hui 35 ans ont passé, et la situation n’a fait qu‘empirer. Joe Sacco livre un récit à la première personne, se mettant en scène, sans taire ses états d’âme, ses lâchetés et ses biais, on est à ses côtés, les pieds dans la boue. J’en suis ressorti bouleversé, mon sentiment d’impuissance et ma …
Une enquête en Palestine à l’époque de la première Intifada. Un livre profondément déprimant. D’abord pour son récit. Joe Sacco rend compte des conditions de vie sous l’occupation, en Cisjordanie et à Gaza. Les récits de violences se succèdent, la plupart des gens ont perdu des proches, assassinés par l’armée israélienne, la plupart ont passé des mois dans des cachots, ont subi des tortures. Les témoignages se répètent sur des centaines de pages. Et c’est d’autant plus déprimant que ce récit date du début des années 90. Les Palestinien·nes subissaient alors ces violences depuis environ 45 ans. Aujourd’hui 35 ans ont passé, et la situation n’a fait qu‘empirer.
Joe Sacco livre un récit à la première personne, se mettant en scène, sans taire ses états d’âme, ses lâchetés et ses biais, on est à ses côtés, les pieds dans la boue. J’en suis ressorti bouleversé, mon sentiment d’impuissance et ma colère exacerbées.
"Je suis née à Metz en même temps que le sida et l'arrivée de la …
Un roman authentiquement punk. Dans une succession de courts chapitres, une quarantenaire combative raconte son quotidien en Moselle, dans ce pays en ruine quarante ans après la fermeture de toutes mines et industries lourdes qui ont façonné ses paysages et les gens qui les habitent. Son môme, ses potes, la survie dans un monde qui est déjà après la catastrophe. J’ai beaucoup aimé l’univers, le ton, les personnages. L’énergie du désespoir, n’est-ce pas la définition du punk ?
Un roman authentiquement punk. Dans une succession de courts chapitres, une quarantenaire combative raconte son quotidien en Moselle, dans ce pays en ruine quarante ans après la fermeture de toutes mines et industries lourdes qui ont façonné ses paysages et les gens qui les habitent. Son môme, ses potes, la survie dans un monde qui est déjà après la catastrophe. J’ai beaucoup aimé l’univers, le ton, les personnages. L’énergie du désespoir, n’est-ce pas la définition du punk ?
Jun Jung-sik errait dans les rues de Séoul quand un policier l'a pris par la …
Récit autobiographique de Jung, son parcours éclaire les deux thèmes qu’il décline dans tous ses albums : l‘adoption et la quête d’identité entre deux cultures très différentes. Né en Corée dans les années 60, il a été adopté à 5 ans par une famille nombreuse wallonne. Sur les quatre tomes, j’ai préféré les deux premiers, récit d’une enfance pas toujours facile en Belgique dans les années 70. J’ai trouvé les deux suivants, consacrés à sa quête identitaire une fois adulte, plus décousus. J’apprécie toujours autant son trait, et son honnêteté. Dans le récit de son enfance, il n’omet pas ses comportements gênants. C’est un récit doux et intéressant.
Récit autobiographique de Jung, son parcours éclaire les deux thèmes qu’il décline dans tous ses albums : l‘adoption et la quête d’identité entre deux cultures très différentes. Né en Corée dans les années 60, il a été adopté à 5 ans par une famille nombreuse wallonne.
Sur les quatre tomes, j’ai préféré les deux premiers, récit d’une enfance pas toujours facile en Belgique dans les années 70. J’ai trouvé les deux suivants, consacrés à sa quête identitaire une fois adulte, plus décousus.
J’apprécie toujours autant son trait, et son honnêteté. Dans le récit de son enfance, il n’omet pas ses comportements gênants. C’est un récit doux et intéressant.
Qui est donc Mata, cette femme qui marche pieds nus dans les rues d'une grande …
J’ai apprécié ce premier voyage en culture maori à travers les vies de ces trois cousines nées dans les années 40 et aux destins aussi dissemblables que possibles. Trois points du vue pour approcher les contraintes qui pèsent sur les femmes maoris, entre le colonialisme raciste et assimilationniste, le poids de la tradition et des familles, la quête d’émancipation et d’identité. C’est un tableau peint par petites touches, qui dévoile progressivement Mata, Makareta et Missy, et fait qu’on s’attache à elles. La note liminaire des traductrices est dispensable. Oui, l’écriture n’est pas linéaire, mais on peut le découvrir au fil du récit sans avoir besoin d’explication.
J’ai apprécié ce premier voyage en culture maori à travers les vies de ces trois cousines nées dans les années 40 et aux destins aussi dissemblables que possibles. Trois points du vue pour approcher les contraintes qui pèsent sur les femmes maoris, entre le colonialisme raciste et assimilationniste, le poids de la tradition et des familles, la quête d’émancipation et d’identité. C’est un tableau peint par petites touches, qui dévoile progressivement Mata, Makareta et Missy, et fait qu’on s’attache à elles.
La note liminaire des traductrices est dispensable. Oui, l’écriture n’est pas linéaire, mais on peut le découvrir au fil du récit sans avoir besoin d’explication.
Octobre 1970. Madeleine, lors de son entrée à l'université, rencontre Catherine, une militante féministe aguerrie. …
Deux portraits de femme à cinquante ans d’écart. Madeleine monte à Paris faire ses études au début des années 70, et s’investit dans le mouvement féministe naissant. De nos jours, Mathilde, jeune journaliste, tombe amoureuse d’Alix et toutes deux se lancent sur le chemin de la maternité. J’ai beaucoup aimé cette lecture, pour ses personnages, belles et complexes, pour le contexte, deux instants de la lutte des femmes, évoqués mais sans que l’intrigue ne soit qu’un prétexte. Pour le message d’espoir. Par les temps sombres actuels, alors que nous avons l’impression de reculer sur tous les fronts, ça fait du bien de rappeler qu’en quelques décennies, sur certains sujets, la société a évolué vers plus d’égalité et de liberté. Que les combats de Madeleine ont permis à Mathilde de vivre, et que celle-ci reprend un flambeau.
Deux portraits de femme à cinquante ans d’écart. Madeleine monte à Paris faire ses études au début des années 70, et s’investit dans le mouvement féministe naissant. De nos jours, Mathilde, jeune journaliste, tombe amoureuse d’Alix et toutes deux se lancent sur le chemin de la maternité.
J’ai beaucoup aimé cette lecture, pour ses personnages, belles et complexes, pour le contexte, deux instants de la lutte des femmes, évoqués mais sans que l’intrigue ne soit qu’un prétexte. Pour le message d’espoir. Par les temps sombres actuels, alors que nous avons l’impression de reculer sur tous les fronts, ça fait du bien de rappeler qu’en quelques décennies, sur certains sujets, la société a évolué vers plus d’égalité et de liberté. Que les combats de Madeleine ont permis à Mathilde de vivre, et que celle-ci reprend un flambeau.
Deux familles sont réunies dans une maison centenaire pendant trop longtemps. L’hiver perce les murs, …
J’ai trouvé une sœur de ma chère Gabrielle Filteau-Chiba. D’Anaïs Barbeau-Lavalette, j’avais apprécié La femme qui fuit, enquête sur sa grand mère. Mais ici on est dans un registre très différent, de la poésie au contact de la nature. Alors certes, c’est un livre de confinement, écrit par une citadine qui en 2020 a eu le privilège de pouvoir emmener les siens dans une maison dans les bois et y vivre ces quelques mois. Mais le malaise de ce contexte s’efface vite derrière la fore de son écriture. Femme forêt est un recueil d’anecdotes, mettant en scène l’enfance et la nature du Québec. Un déclaration d’amour. Un texte que j’ai trouvé très doux, poétique, touchant.
« Je reprends mes rêves éveillés dans lesquels j’ouvre les grilles, les portes et les …
L’année se termine par un coup de cœur, avec ce texte que j’ai trouvé très fort et émouvant. L’histoire d’une femme dont le fils, jeune adulte, part à la dérive, entre drogue et troubles mentaux. Elle affronte seule la violence du système psy, entre maltraitances institutionnelles et individuelles. Elle ploie sous les attentes de la société qui exige des mères de faire tout et plus pour leurs enfants. C’est violent, profondément humain, bouleversant.