Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.
Normandie, début du XXe siècle. Dans un village isolé, les hommes ont l’habitude de se …
À la fin du XIXième siècle, Rosa tient un petit café dans un village reculé pendant que son mari, de vingt ans son aîné, se meurt. Des clients se lancent dans un concours de zigounette et, pour faire soigner son époux, elle va entrer dans leur jeu. J’ai bien apprécié cette histoire d’émancipation. Elle est peut-être un peu naïve, la plupart des hommes ne sont pas vraiment des salauds, mais les deux albums offrent une jolie série de portraits de femmes qui prennent leur vie en main et d’hommes humains.
Chabouté revient, avec son regard particulier et son exceptionnelle maîtrise du noir et blanc…
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Merveilleux Chabouté ! En 300 pages sans paroles, il nous fait partager l’histoire d’un banc, et on s’attache, et on attend le retour du petit chien qui va lever la patte, et à la fin on verse une larme. Comme dans Plus loin qu’ailleurs, il nous invite à regarder différemment notre quotidien. En dessinant inlassablement et avec tendresse un banc de bois et d’acier, il nous fait ressentir mille émotions… Encore un album qui fait du bien !
Merveilleux Chabouté ! En 300 pages sans paroles, il nous fait partager l’histoire d’un banc, et on s’attache, et on attend le retour du petit chien qui va lever la patte, et à la fin on verse une larme. Comme dans Plus loin qu’ailleurs, il nous invite à regarder différemment notre quotidien. En dessinant inlassablement et avec tendresse un banc de bois et d’acier, il nous fait ressentir mille émotions… Encore un album qui fait du bien !
White Forest, Mississippi. Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu'elle inquiète. …
Encore un livre que j’ai lu d’une traite. Si les personnages et l’intrigue ne m’ont que moyennement intéressé, j’ai trouvé l’écriture et la construction prenantes. J’ai particulièrement apprécié l’ambiance des derniers chapitres, et les questions morales que posent le dénouement. Le mélange fonctionne bien entre une intrigue teintée d’un peu de surnaturel, la chronique de la vie de petites gens du Mississipi entre les années 40 et 80, et des réflexions sur la filiation.
Le destin audacieux d'une jeune femme rebelle au cœur du Far West. Une réinterprétation jubilatoire, …
Ni la couverture ni le contexte (le far-west) ne me faisaient envie mais j’ai bien fait de passer outre, car j’ai dévoré ce récit. La légende de l’ouest vue à travers les yeux d’une jeune femme qui, pour survivre, rejoint un bordel. C’est un récit d’émancipation et de sororité, un très beau portrait d’une femme, Bridget, qui aspire à la liberté dans un contexte où les femmes en avaient très peu, un personnage plein de cœur très attachante. L’intrigue est efficace, j’ai apprécié le style, la langue teintée d’argot, et l’ambiance pleine d’ambiguïtés du Buffalo Queen.
Elisabeth préfère qu’on l’appelle Daisy. Au prétexte de …
Un récit un peu étrange qui m’a laissé une légère sensation de malaise. Pour les relations entre les personnages : une histoire d’amour entre cousin·es adolescent·es, on est dans le registre de l’inceste. Pour le contexte : dans un très proche futur, une guerre (civile ?) à laquelle on ne comprend pas grand chose. Plausible et dérangeant. J’ai apprécié cette lecture, mais davantage pour le malaise provoqué par l’ambiance que pour les personnages ou l’intrigue auxquelles je n’ai pas trop accrochées.
Un récit un peu étrange qui m’a laissé une légère sensation de malaise. Pour les relations entre les personnages : une histoire d’amour entre cousin·es adolescent·es, on est dans le registre de l’inceste. Pour le contexte : dans un très proche futur, une guerre (civile ?) à laquelle on ne comprend pas grand chose. Plausible et dérangeant. J’ai apprécié cette lecture, mais davantage pour le malaise provoqué par l’ambiance que pour les personnages ou l’intrigue auxquelles je n’ai pas trop accrochées.
Désarroi à Larroque et Castelnau, deux villages reliés par un pont qui enjambe la Garonne …
Aude Mermilliod, ici uniquement au scénario, ne me déçoit jamais. J’ai longtemps hésité à ouvrir cet album, craignant qu’il ne parle de sport. Sot que j’étais. Oui, le rugby est un élément important de la culture des villages de Larroque et Castelnau, mais il sert juste de toile de fond à cette histoire, portrait croisé de jeunes femmes dans la france rurale juste avant 68. Un pays en pleines mutations, à la fois très clivé entre droite et gauche, mais qui bon an mal an arrive à vivre ensemble. Monique et Yveline sont deux jeunes femmes de leur temps, déterminées à s’émanciper. Des personnages très attachantes, un récit à la fois nostalgique et contemporain (les mutations que nous vivons sont-elles finalement plus importantes que celles vécues par nos parents et grands parents), un style à la beauté classique qui colle parfaitement à l’époque. J’ai passé un très bon moment.
Molly est bien décidée à tracer sa route en dépit des carcans d'un Sud très …
J’ai une nouvelle héroïne ! J’ai découvert la semaine dernière l’existence de Rita Mae Brown et que, par un heureux hasard, Rubyfruit Jungle, son livre largement auto-biographique sortie en 73, venait d’être ré-édité en français. Je l’ai dévoré et suis béat d’admiration devant Molly, une jeune femme qui dans l’Amérique des années 60 assume son attirance pour les femmes, et vie sa vie avec une totale liberté, balayant conventions et hypocrisies. Elle a une liberté et une force de caractère éblouissantes. C’est un texte plein d’énergie qui m’a fait du bien au moral.
J’ai une nouvelle héroïne ! J’ai découvert la semaine dernière l’existence de Rita Mae Brown et que, par un heureux hasard, Rubyfruit Jungle, son livre largement auto-biographique sortie en 73, venait d’être ré-édité en français. Je l’ai dévoré et suis béat d’admiration devant Molly, une jeune femme qui dans l’Amérique des années 60 assume son attirance pour les femmes, et vie sa vie avec une totale liberté, balayant conventions et hypocrisies. Elle a une liberté et une force de caractère éblouissantes. C’est un texte plein d’énergie qui m’a fait du bien au moral.
Récit d'autofiction pionnier paru pour la première fois aux États-Unis en 1995, Stuck Rubber Babyretrace …
Un témoignage dans la veine de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. À la fois roman d’apprentissage et portrait de la société dans une ville du Sud des États-Unis dans les années 60. Graphiquement, c’est une claque. Je n’apprécie que modérément le style des BD underground des années 70-80, mais m’incline devant le travail d’Howard Cruse et sa minutie à peindre au plus juste le décor de cette histoire. Comme pour le Mockingbird, je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue, mais c’est secondaire, l‘importance de ce livre tient selon moi à son aspect ethnographique, à la précision du témoignage. Et, comme le souligne Alison Bechdel, c’est un récit intersectionnel à l’époque où cette notion émergeait tout juste, puisqu’il évoque à la fois le racisme et l’homophobie.
Un témoignage dans la veine de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. À la fois roman d’apprentissage et portrait de la société dans une ville du Sud des États-Unis dans les années 60.
Graphiquement, c’est une claque. Je n’apprécie que modérément le style des BD underground des années 70-80, mais m’incline devant le travail d’Howard Cruse et sa minutie à peindre au plus juste le décor de cette histoire.
Comme pour le Mockingbird, je n’ai pas spécialement accroché à l’intrigue, mais c’est secondaire, l‘importance de ce livre tient selon moi à son aspect ethnographique, à la précision du témoignage. Et, comme le souligne Alison Bechdel, c’est un récit intersectionnel à l’époque où cette notion émergeait tout juste, puisqu’il évoque à la fois le racisme et l’homophobie.
Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne …
Une déception par rapport à toutes les critiques positives que j’avais lues de ce texte. Le sujet, les dérives sectaires d’un programme de perte de poids, méritait mieux que ce récit qui hésite entre l’horreur et l’anticipation, et manque surtout cruellement de crédibilité. J’ai eu l’impression de lire un synopsis avec quelques scènes complètes davantage qu’un récit achevé.
Comment parler d’amitié, raconter cette autre famille que l’on dit choisie et qui permet d’inventer …
Ce livre est probablement l’un des plus importants que j’ai lus ces dernières années. En une succession de courts chapitres où elle se raconte, Hélène Giannecchini affirme qu’un autre monde est possible, qu’elle le vit, qu’il est possible d’échapper à la famille biologique pour se fabriquer une famille choisie, de dynamiter les catégories dans lesquelles on nous enferme, amour, amitié, couple, d’inventer des relations pour lesquelles il n’existe même pas encore de mots mais où l’on s’affranchit des deux ou trois modèles uniques auxquels la société essaie de nous faire croire qu’il n’existe pas d’alternative. Je savais bien sûr que cela existait, mais Hélène Giannecchini met ici ces alternatives en mots, parle de sa vie, et cela fait beaucoup de bien. Elle aborde également un autre sujet qui m’est cher, celui de la mémoire des vies minoritaires. L’histoire n’est que le récit des gens qui ont gagné et effacent les …
Ce livre est probablement l’un des plus importants que j’ai lus ces dernières années. En une succession de courts chapitres où elle se raconte, Hélène Giannecchini affirme qu’un autre monde est possible, qu’elle le vit, qu’il est possible d’échapper à la famille biologique pour se fabriquer une famille choisie, de dynamiter les catégories dans lesquelles on nous enferme, amour, amitié, couple, d’inventer des relations pour lesquelles il n’existe même pas encore de mots mais où l’on s’affranchit des deux ou trois modèles uniques auxquels la société essaie de nous faire croire qu’il n’existe pas d’alternative. Je savais bien sûr que cela existait, mais Hélène Giannecchini met ici ces alternatives en mots, parle de sa vie, et cela fait beaucoup de bien.
Elle aborde également un autre sujet qui m’est cher, celui de la mémoire des vies minoritaires. L’histoire n’est que le récit des gens qui ont gagné et effacent les vies des perdant·es. Je sais depuis longtemps l’importance de faire vivre la mémoire des éternel·les vaincu·es, ma famille de cœur. Mais les expériences libertaires ne sont pas les seules à toujours être effacées. Les vies queers le sont également, et cet effacement rend très difficile de se sentir appartenir à une histoire, une communauté. Dans plusieurs chapitres, Hélène Giannecchini explore donc la mémoire, se cherche une famille en faisant revivre des queers d’avant, en interrogeant le rapport difficile des nouvelles générations aux années SIDA.
C’est l’un de ces livres qu’aussitôt rendu à la bibliothèque j’ai été acheter pour le faire tourner autour de moi.
Lors d’une conférence de presse après ses fiançailles avec Diana, le prince Charles dut répondre …
J’ai eu du mal avec d’autres ouvrages de Liv Strömquist. Je n’accroche pas trop à son trait, ses références sont souvent un peu trop suédoises pour que je les comprenne. Mais ici, son propos l’a emporté. J’ai trouvé que c’était un excellent ouvrage de vulgarisation sur les rapports de couple. Un livre qui m’a parlé, j’y ai souvent reconnu des amies, je me suis hélas très souvent reconnu dans le rôle de l’homme au sein d’un couple, gamin qui exige qu’on s’occupe de lui sans rien donner en échange. Sur le fond, rien de nouveau, mais ça n’est pas le propos, il s’agit ici de rendre accessible à travers une BD des travaux de recherche sur le couple, et, si on ne se laisse pas rebuter par les style de Liv Strömquist, je trouve que ce livre remplit bien sa mission.
Lunettes noires, cigarette aux lèvres, fourrure sur mini-jupe, la psychiatre déjantée Eva Rojas est de …
Joie de découvrir que Jordi Lafebre a donné une suite à Je suis leur silence et aux aventures de la psy déjantée Eva. (relire le premier tome est fortement conseillé pour se rappeler de ce qui fait l’originalité d’Eva). Une enquête dans les rues de Barcelone où l’on croise un jeune footballeur mal dans sa peau, des travailleuses du sexe et des nazis. Éva est toujours aussi touchante, entre la folie et la détermination, l’histoire se tient, j’ai passé un très bon moment de détente.
La narratrice de Vorace est une jeune femme d’aujourd’hui, traversée par les grands questionnements, les …
Depuis toujours semble-t-il j’ai de l’Est la vision d’un territoire triste, dur, sans espoir, d’où rien de beau ne peut venir. Cela affecte hélas ma perception de tout ce qui vient de ces contrées, et tout particulièrement de Pologne. Je me demande quelle aurait été ma réception de ce texte si je l’avais situé dans mon fantasme de Québec plutôt qu’en Pologne. Hélas, le sceau de l’Est m’a empêché d’apprécier ce texte à sa juste valeur. À mi-chemin entre le récit et le recueil de courts poèmes en prose où la mort et la vie sont intimement liées. La mort est omniprésente, la maladie de Grand-Mère, la maison malade, l’abattoir dont la puanteur et les cris des sacrifié·es recouvrent la vallée. Et puis la vie partout, de la narratrice et son amie Ann aux fourmis que Grand Mère nourrit de miellat. J’ai pris plaisir à entrer dans le style et …
Depuis toujours semble-t-il j’ai de l’Est la vision d’un territoire triste, dur, sans espoir, d’où rien de beau ne peut venir. Cela affecte hélas ma perception de tout ce qui vient de ces contrées, et tout particulièrement de Pologne. Je me demande quelle aurait été ma réception de ce texte si je l’avais situé dans mon fantasme de Québec plutôt qu’en Pologne. Hélas, le sceau de l’Est m’a empêché d’apprécier ce texte à sa juste valeur. À mi-chemin entre le récit et le recueil de courts poèmes en prose où la mort et la vie sont intimement liées. La mort est omniprésente, la maladie de Grand-Mère, la maison malade, l’abattoir dont la puanteur et les cris des sacrifié·es recouvrent la vallée. Et puis la vie partout, de la narratrice et son amie Ann aux fourmis que Grand Mère nourrit de miellat. J’ai pris plaisir à entrer dans le style et l’univers de Małgorzata Lebda.
Sur le parking d'un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille …
Laurent, la quarantaine, une famille, un travail, va trouver le courage d’assumer être une femme. On le suit quelques mois, pendant qu’il mûrit sa décision, en parle à sa famille et ses collègues, commence sa transition. J’ai trouvé intéressant le panel de réactions de ses proches, regretté que le récit soit si court, me suis interrogé, comme à chaque fois, sur la légitimité d’une autrice cis à décrire les sentiments d’une personnage trans. Peu importe, nous avons besoin de tels récits, de mettre en lumière toutes les vies qui fissurent les carcans des normes.
« Depuis qu'elle avait revu Mia, l'histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait …
Un livre que j’ai envie d’aimer mais m’a laissé une impression en demi-teinte. Le propos est important, nous avons besoin de peupler nos imaginaires de récits où des femmes s’entraident pour chercher la justice que la société ne leur accorde pas. Les personnages sont fortes. La description de ce qu’elles ressentent est touchante. Malheureusement, je n’ai pas accroché sur la forme. Le texte est trop court à mon goût, on saute de l’une à l’autre, d’une histoire à une autre, et on referme déjà le livre. Je suis resté sur ma faim. Une petite déception, mais j’ai apprécié le voyage et la brève rencontre avec Inès, Léo, Lila, Louise, Lucie et Mia.