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Succès ! Kometenn a lu 12 sur 12 livres.

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

Une lecture indispensable

Un essai sourcé, structuré, avec des parallèles effarants pour notre époque. On y retrouve le mépris de l'extrême-centre pour la démocratie, les compromissions d'une certaine gauche avec ce même extrême-centre et, surtout, l'alliance entre le patronat et les nazis pour ne jamais avoir à changer de politique favorisant les riches ; pour ne jamais, jamais laisser la gauche arriver au pouvoir.

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

L'historien [Pierre Serna] forge, pour désigner ces élites au fond très agressives, l'apparent oxymore d'extrême centre, désormais largement repris pour désigner ceux qui érigent en maxime universelle des intérêts particuliers, qui jouent la comédie de l'intérêt général, qui sacrifient les finances publiques aux profits privés, qui contestent que les règles constitutionnelles s'appliquent vraiment à eux et qui professent un amour immodéré pour l'entreprise privée ajointé à un mépris explicite de la notion même de service public. Les mêmes démentent, comme de juste, à peu près tout ce qui précède, et s'offusquent d'être qualifiés de parti des riches ou de gouvernement de droite.

Les irresponsables de  (Page 284 - 285)

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

Après avoir montré que le patronat et les nazis habitaient le même univers mental (inégalité, performance, principe du chef), avaient les mêmes valeurs (propriété privée, hiérarchie, concurrence) et les mêmes références idéologiques (opposition de principe à la démocratie, darwinisme social, racisme), Hitler ouvre un horizon de prospérité et de profits potentiellement infini : avec le réarmement de l'Allemagne et le projet d'un empire colonial sur le sol même de l'Europe, c'est à une orgie de dividendes que le NSDAP [parti nazi] convie.

Les irresponsables de  (Page 219)

À propos d'un discours d'Adolf Hitler en janvier 1932 au Club de l'Industrie de Düsseldorf, "lieu de rendez-vous des élites", principal cercle d'influence et de réflexion des industriels allemands.

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

Parant les critiques des adversaires de gauche, Papen se défend d'être le chancelier des patrons :

"Une critique particulièrement forte contre le programme du gouvernement concerne son versant social. On est même allé jusqu'à affirmer que le gouvernement du Reich était hostile aux salariés ! Je pense pour ma part que les ouvriers qui auront été maintenus en emploi et en subsistance d'après les statistiques de septembre que j'évoquais à l'instant, ne seront pas portés à formuler cette critique. Nous ne distribuons pas des "milliards aux entreprises" ! Nous avons un objectif unique : donner au plus grand nombre de travailleurs des opportunités d'emploi. Je crois que le succès que notre programme économique connaît déjà nous a donné raison. Tout ce qui renforce l'esprit d'entreprise de ce pays, tout ce qui conduit à une stimulation de l'activité économique et à une augmentation du chiffre d'affaires constitue la meilleure politique social qui soit."

Les irresponsables de  (Page 152 - 153)

Extrait d'un discours de Franz von Papen devant un cercle patronal pendant la campagne législative de novembre 1932.

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

Menant "un combat permanent contre les fondements vitaux de l'État, de la famille et de l'Église", le KPD [parti communiste allemand] n'en est pas moins le seul "extrême" à éradiquer :

"Je n'hésite pas à dire haut et fort que c'est le devoir moral de tout gouvernement de distinguer clairement les ennemis de l'État, entre ceux qui détruisent notre culture, et ceux qui se battent pour le bien commun de notre peuple (...). C'est parce que l'on n'a pas su se décider, dans les cercles politiques qui comptent, à abandonner ce signe égal que, en matière politique et morale, on trace entre les communistes et les nazis, que l'on a créé ce front républicain artificiel qui a enrôlé les forces communistes, hostiles à l'État, dans un front commun contre le mouvement montant du parti nazi. Le gouvernement du Reich ne se reconnaît dans aucun parti, mais il reconnaît le devoir moral de constater que recruter de tels éléments [de gauche] pour le combat politique met gravement en danger les fondations de l'État."

Les irresponsables de  (Page 140 - 141)

Extrait du discours de Franz von Papen du 20 juillet 1932.

Johann Chapoutot: Les irresponsables (Paperback, French language, 2025, Gallimard)

Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias …

Le journal satirique "Simplicissimus" ne s'y trompe pas qui, dans une caricature célèbre, montre financiers à monocles, bourgeoises épanouies et généraux engoncés formuler, autour d'un cocktail, une "position supérieure" : "Ces slogans politiques sont ridicules ! L'ennemi est à droite ! L'ennemi est à gauche ! Allons, allons ! Pour un gouvernement aristocratique au-dessus des partis, il n'y a qu'une vérité : l'ennemi est en bas !"

Les irresponsables de  (Page 122 - 123)

Caricature créée suite à la nomination du "gouvernement des barons" par Franz von Papen en 1932.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

Notre souffrance serait intolérable si nous ne pouvions la considérer comme une maladie passagère et sentimentale. Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans. [...] J'aurais voulu t'offrir 100 000 cigarettes blondes, douze robes des grands couturiers, l'appartement de la rue de Seine, une automobile, la petite maison de la forêt de Compiègne, celle de Belle-Isle et un petit bouquet à quatre sous. En mon absence achète toujours les fleurs, je te les rembourserai. Le reste, je te le promets pour plus tard. [...] J'espère que cette lettre est notre vie à venir. Mon amour, je t'embrasse aussi tendrement que l'honorabilité l'admet dans une lettre qui passera par la censure. Mille baisers.

Destinée arbitraire de  (Page 240 - 241)

Extrait de l'ultime lettre à Youki, compagne de Robert Desnos, le 15 juillet 1944.

Robert Desnos vient d'arriver au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière, après des déportations à Royallieu, Auschwitz puis Buchenwald. À Floha, il sera soumis à la faim, l'humiliation et au travail forcé pendant près d'un an avant sa marche forcée à Theresienstadt.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

Vaincre le jour, vaincre la nuit, Vaincre le temps qui colle à moi, Tout ce silence, tout ce bruit, Ma faim, mon destin, mon horrible froid.

Vaincre ce cœur, le mettre à nu, Écraser ce corps plein de fables Pour le plonger dans l’inconnu, Dans l’insensible, dans l’impénétrable.

Briser enfin, jeter au noir Des égouts ces vieilles idoles, Convertir la haine en espoir, En de saintes les mauvaises paroles.

Mais mon temps n’est-il pas perdu ? Tu m’as pris tout le sang, Paris. À ton cou je suis ce pendu, Ce libertaire qui pleure et qui rit.

Destinée arbitraire de  (Page 235)

Poème écrit entre 1943 et 1944.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

Et voici, Père Hugo, ton nom sur les murailles! Tu peux te retourner au fond du Panthéon Pour savoir qui a fait cela. Qui l'a fait? On! On c'est Hitler, on c'est Goebbels... C'est la racaille,

Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon, Ceux qui savent trahir et ceux qui font ripaille, Ceux qui sont destinés aux justes représailles Et cela ne fait pas un grand nombre de noms.

Ces gens de peu d'esprit et de faible culture Ont besoin d'alibis dans leur sale aventure. Ils ont dit : « Le bonhomme est mort. Il est dompté. »

Oui, le bonhomme est mort. Mais par-devant notaire II a bien précisé quel legs il voulait faire : Le notaire a nom : France, et le legs : Liberté.

Destinée arbitraire de 

Titre du poème : Le legs.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

Au détour du sentier dans la montagne La carcasse du mulet mort l'autre année Sous la charge trop lourde qu'il portait Achève de blanchir sous le soleil de plomb.

Le parfum du thym et le bourdonnement des insectes Emplissent l'air jusqu'à l'ivresse du passant Qui sent le temps hésiter à poursuivre sa route Et le monde vaciller dans la chaleur.

Dans la vallée, au bas des pentes escarpées, Des mules passent en trottant Au bruit de leurs grelots et de leurs fers.

Dans la cour d'une ferme des hommes entourent Une brebis qui vient de mettre bas Et l'un d'eux lève vers le ciel un agneau étonné de vivre

Destinée arbitraire de  (Page 208 - 209)

Titre du poème : Ohé de la vallée.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

En descendant des collines au printemps A l'heure où la rosée brille dans les toiles d'araignées Au bruit lointain du fer battu dans les forges, Au miroitement du jour dans l'eau des rivières.

En descendant des collines au printemps J'ai laissé, dis-je, avec l'hiver les chagrins et les rancunes Un amour profond me transporte de joie Et ma haine elle-même me transporte et m'exalte.

En descendant des collines au printemps Abandonnant des tombes vermoulues et des souvenirs, Ivre des parfums de la terre et de l'air Et me dilatant jusqu'à contenir le monde.

En descendant des collines au printemps, J'ai brisé les balances où je pesais la vie et la mort, Enfin prêt à accueillir l'été et les vendanges, Prêt à accepter que le chemin, mon chemin s'interrompe.

En descendant des collines au printemps Vivant de plus de joie qu'aux jours de ma jeunesse Mais attentif aux parfums de la terre et de l'air, Attentif à l'écho d'une petite chanson lointaine Chantée, d'une voix mal assurée, par une petite fille Que jamais je ne connaîtrai.

Destinée arbitraire de 

Titre du poème : En descendant des collines au printemps.

Poème de 1943.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

La nuit grasse, penchée au bord de ses abîmes, Contemple les jardins du jour qui disparaît. Moins longtemps que l'éclair, sur le couteau du crime, Ils ont fleuri. Déjà s'efface le portrait D'un monde que la mort harcèle et précipite. Que jaillissent les feux des phares, des bûchers, Que les soleils lointains, les comètes prescrites S'allument! Ce ne sont, près du mourant couché, Que veilleuses, tremblant au courant d'air des portes Ouvertes sur la terre et sur l'immensité. Tout est nuit, tout est mort, tout est seul, mais qu'importe Si l'on eut un instant, sous le soleil d'été, L'illusion de l'amour et de la plénitude. Viens donc, nuit incomprise et trompeuse et dis-nous Que les baisers fiévreux, que les creuses études Sont plus sages ici que, dites à genoux, La prière du lâche et celle du débile.

La nuit grasse est tombée en des gouffres connus Où le jour la suivra d'une chute docile Car il dresse déjà sur les monts son corps nu. Il se baigne à la source, il franchit la vallée, Il pénètre la mer de son reflet puissant. Le cortège des bruits va prendre sa volée Pour chanter le retour du bel adolescent.

Éteignez tous les feux et dispersez la cendre, Le jour est bon à vivre et l'heure est bonne à prendre.

Destinée arbitraire de  (Page 201 - 202)

Titre du poème : Aube.

Robert Desnos: Destinée arbitraire (Paperback, French language, 1992, Gallimard)

Âgé de cent mille ans, j'aurais encor la force De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir. Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses, Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille, Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu, Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore De la splendeur du jour et de tous ses présents. Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.

Destinée arbitraire de  (Page 182 - 183)

Titre du poème : Demain.

Poème de 1942. Robert Desnos devient membre cette année-là du réseau de résistance "Agir".