Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.
Comment devenir libre quand tout vous prédestine à la soumission ? Itinéraire d’une jeune fille …
Un récit d’émancipation, une adolescente d’un petit village marocain parvient progressivement à échapper à la misère, notamment en louant son corps à des hommes riches. Elle a un sacré caractère et le tout est narré avec un ton assez réjouissant, dans une longue négociation / adresse à un dieu auquel elle semble croire plus ou moins.
Ce livre avait tout pour me plaire, mais je n’ai pas vraiment accroché, sans me l’expliquer. Il faudra à l’occasion que je lise le livre original dont est tiré l’album.
Tilda a perdu sa sœur dans un accident de scooter. Depuis, ça ne va pas …
J’ai un avis mitigé sur le scénario. Suite au décès de sa jumelle, Tilda, une adolescente, est en dépression. Placée dans un foyer pour jeunes, elle commence à voir et communiquer avec des fantômes. Un bon point de départ pour un livre sur le deuil et la culpabilité. Malheureusement s’y superpose une intrigue un peu SF, avec une méchante et un deus ex-machina qui sauve les mômes de toutes les embûches. Je n’ai pas vraiment accroché à cette intrigue, et c’est dommage, car par ailleurs j’ai bien aimé l’univers, les personnages et le style graphique.
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, …
Comme dans L’œil le plus bleu, l’histoire tourne autour de deux filles, Nel et Sula. Ici ce ne sont pas des sœurs mais des amies, inséparables à l’adolescence avant de prendre des chemins différents à l’âge adulte. L’intrigue est assez ténue, ce roman est avant tout le portrait d’une femme libre, Sula, qui vie sa vie sans se soucier des conventions, et en subit les conséquences, solitude et opprobre. En arrière plan Toni Morrison paint le portrait d’une communauté noire vivant à proximité d’une petite ville de l’Ohio, pendant l’entre deux guerres. C’est écrit avec son style plein de poésie. La violence fait parfois irruption sans prévenir le temps de quelques lignes.
Si l’absence d’intrigue m’a un peu déçu, j’ai apprécié cette lecture, pour son ton, ses personnages et son atmosphère.
Paris aujourd'hui. La crise du Covid n'a pas eu lieu. Mais une autre crise, localisée …
J’ai beaucoup aimé cet album. Pour son ton iconoclaste, ses personnages, le dessin de Zelba et tout ce qu’elle nous apprend sans avoir l’air d’y toucher. Mais surtout pour la réflexion à laquelle elle invite : que faire de toutes les œuvres des siècles passés qui sont porteuses de valeurs qui ne sont plus les nôtres, d’oppression ? On ne peut évidemment pas les cacher, et simplement les contextualiser est un peu court. Zelba imagine d’autres voies, pas forcément comme un solution réaliste, j’y ai plutôt vu un moyen de secouer et faire réfléchir. Une BD plaisante à lire et qui fait réfléchir, que demander de plus ?
Lausanne, hôtel Beau-Rivage, 1970. Une jeune femme, algérienne par sa mère, afro-américaine par son père, …
Après Angela Davis, une autre victime de J. Edgar Hoover, Jean Seberg. Plus j’en lis sur Hoover, plus il m’apparaît comme une des principales ordures du XXième siècle… Un livre où la « grande » et la « petite » histoire se côtoient. Peu après les attentats de 2016 à Paris, le petit fils d’Éli disparaît. Elle se replonge alors dans ses souvenirs et ses engagements de jeunesse, notamment aux côtés des Black Panthers. J’ai bien aimé ce livre à la narration dynamique, qui revient sur la répression des mouvements de libération des années 60 par les divers pouvoirs en place. Au regard des souvenirs d’Éli, les aventures de son petit-fils sont certes un peu fades, mais c’est l’époque qui veut ça. Il ne reste plus grand chose des espoirs qui avaient fleuri voilà 60 ans et ont déplacés tant de gens. Au delà de l’aspect historique, c’est aussi un …
Après Angela Davis, une autre victime de J. Edgar Hoover, Jean Seberg. Plus j’en lis sur Hoover, plus il m’apparaît comme une des principales ordures du XXième siècle…
Un livre où la « grande » et la « petite » histoire se côtoient. Peu après les attentats de 2016 à Paris, le petit fils d’Éli disparaît. Elle se replonge alors dans ses souvenirs et ses engagements de jeunesse, notamment aux côtés des Black Panthers.
J’ai bien aimé ce livre à la narration dynamique, qui revient sur la répression des mouvements de libération des années 60 par les divers pouvoirs en place. Au regard des souvenirs d’Éli, les aventures de son petit-fils sont certes un peu fades, mais c’est l’époque qui veut ça. Il ne reste plus grand chose des espoirs qui avaient fleuri voilà 60 ans et ont déplacés tant de gens.
Au delà de l’aspect historique, c’est aussi un beau portrait de deux femmes libres et blessées, Éli et Jean Seberg. Une lecture fort sympathique.
À l'occasion de la commémoration des dix ans de la disparition de sa sœur Licia, …
J’ai apprécié l’intention sans réussir à me passionner pour l’histoire. Dix ans après la mort d’une adolescente, son amoureux et sa petite sœur se retrouvent. S’ensuit une histoire où se mêlent culpabilité et sentiments amoureux. Je ne suis pas amateur de romances, donc l’intrigue m’a modérément plu. J’ai par contre bien aimé le message. La scénariste, Laura Nsafou, l’a dit : « Je ne me voyais pas dans les analyses littéraires. Je cherchais des romans qui parlent d’une jeune femme noire française en Europe qui ne trouve pas sa place, qui est invisible. ». Alors elle invente elle-même des histoires pour rendre visible les invisibles, et de ce point de vue, le pari est réussi. Son héroïne est une jeune femme française, noire et ronde, issue d’un milieu bourgeois, qui a grandi dans l’ombre de sa grande sœur et fait un métier banal. Une invisible, qui accède à la lumière …
J’ai apprécié l’intention sans réussir à me passionner pour l’histoire. Dix ans après la mort d’une adolescente, son amoureux et sa petite sœur se retrouvent. S’ensuit une histoire où se mêlent culpabilité et sentiments amoureux. Je ne suis pas amateur de romances, donc l’intrigue m’a modérément plu. J’ai par contre bien aimé le message. La scénariste, Laura Nsafou, l’a dit : « Je ne me voyais pas dans les analyses littéraires. Je cherchais des romans qui parlent d’une jeune femme noire française en Europe qui ne trouve pas sa place, qui est invisible. ». Alors elle invente elle-même des histoires pour rendre visible les invisibles, et de ce point de vue, le pari est réussi. Son héroïne est une jeune femme française, noire et ronde, issue d’un milieu bourgeois, qui a grandi dans l’ombre de sa grande sœur et fait un métier banal. Une invisible, qui accède à la lumière grâce au récit de Laura Nsafou et aux pinceaux de Reine Dibussi. Au delà de son intrigue, j’ai donc bien aimé ce livre, et est hâte qu’il inspire d’autres autrices.
Trois récits entre lesquels courent des liens ténus. Au centre de chaque récit, une femme …
Dès les premières pages, j’ai détesté le style, probablement trop littéraire pour moi, fait de phrases interminables pleines de subjonctifs. Il m’a empêché d’entrer dans ce livre, assemblage de trois nouvelles sans lien entre elles. N’était le style, j’aurais peut-être pu apprécier la première et la dernière. Quant à celle centrale, la plus longue, c’est un interminable monologue sur plus de cent pages d’un type assez peu ragoûtant, en pleine crise d’hémorroïdes.
Ce bouquin a probablement des qualités, puisqu’il a obtenu le Goncourt, mais je confesse ne pas avoir réussi à les découvrir. Je l’ai refermé avec soulagement.
États-Unis, mai 1970. Voilà plusieurs semaines que le FBI suit la trace d’Angela Davis, recherchée …
« Pour comprendre cette traque d’Angela par le FBI, il fallait resituer l’époque des années 60-70, une époque quasi de guerre civile, très loin de l’imagerie hippie Flower Power qu’on en a habituellement » déclare le scénariste dans la postface. De ce point de vue, la mission est réussie. Il ne faut pas se méprendre, ça n’est pas une biographie d’Angela Davis, sa pensée ou ses combats. Mais plutôt le portrait des États-Unis, de l’image qu’ils ne voudraient pas montrer, le racisme et les méthodes de la police politique aux ordres du tout puissant Hoover. Le portrait d’une résistance, celle des Black Panthers, et d’un mouvement de solidarité internationale. Et puis aussi, d’une femme à la détermination sans faille, au courage impressionnant. Une belle porte d’entrée sur cette période.
Récemment, en lisant Lakota Woman, je me suis souvenu de Léonard Peltier, une autre victime du FBI. Malgré une forte …
« Pour comprendre cette traque d’Angela par le FBI, il fallait resituer l’époque des années 60-70, une époque quasi de guerre civile, très loin de l’imagerie hippie Flower Power qu’on en a habituellement » déclare le scénariste dans la postface. De ce point de vue, la mission est réussie. Il ne faut pas se méprendre, ça n’est pas une biographie d’Angela Davis, sa pensée ou ses combats. Mais plutôt le portrait des États-Unis, de l’image qu’ils ne voudraient pas montrer, le racisme et les méthodes de la police politique aux ordres du tout puissant Hoover. Le portrait d’une résistance, celle des Black Panthers, et d’un mouvement de solidarité internationale. Et puis aussi, d’une femme à la détermination sans faille, au courage impressionnant. Une belle porte d’entrée sur cette période.
Récemment, en lisant Lakota Woman, je me suis souvenu de Léonard Peltier, une autre victime du FBI. Malgré une forte mobilisation internationale, il est lui toujours privé de liberté, 50 plus tard… (en résidence surveillée depuis quelques mois). Ces évènements des années 60-70 ne sont pas du passé, mais toujours d’actualité.
Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de …
Au début, je me suis demandé ce que je faisais là, face à un pavé narrant quelques mois de la vie de deux femmes, une garde forestière et une fermière, dans un comté rural perdu au fond des Appalaches. Et comme toujours avec Barbara Kingsolver, j’ai fini en larmes de devoir me séparer de Lusa et Deanna. Deux histoires en parallèle, une femme vivant retirée dans les bois, se consacrant toute entière à la préservation de la faune et de la flore. Une autre, originaire de la ville, qui doit se faire une place dans la famille nombreuse de son mari. Le tout entrecoupé par les récriminations d’un vieux monsieur contre sa vieille voisine, qui se soucie trop peu des usages. On enchaîne la vie dans les bois et à la ferme. Comme toujours, l’autrice porte sur ses personnages un regard plein d’humanité, d’affection, qui les rend attachant·es malgré leurs …
Au début, je me suis demandé ce que je faisais là, face à un pavé narrant quelques mois de la vie de deux femmes, une garde forestière et une fermière, dans un comté rural perdu au fond des Appalaches. Et comme toujours avec Barbara Kingsolver, j’ai fini en larmes de devoir me séparer de Lusa et Deanna.
Deux histoires en parallèle, une femme vivant retirée dans les bois, se consacrant toute entière à la préservation de la faune et de la flore. Une autre, originaire de la ville, qui doit se faire une place dans la famille nombreuse de son mari. Le tout entrecoupé par les récriminations d’un vieux monsieur contre sa vieille voisine, qui se soucie trop peu des usages.
On enchaîne la vie dans les bois et à la ferme. Comme toujours, l’autrice porte sur ses personnages un regard plein d’humanité, d’affection, qui les rend attachant·es malgré leurs travers.
J’ai, encore une foi, beaucoup aimé !
Deux remarques : parlant de sa famille, Lusa se fait la réflexion que ses grands parents paternels, juifs polonais, ont perdu leurs terres parce qu’ils étaient juifs, et que ses grands parents maternels, musulmans palestiniens, ont perdu les leurs parce qu’ils ne l’étaient pas. Quel meilleur résumé de l’absurdité de notre époque.
Enfin, un des nombreux intérêts de ce roman est qu’il m’a fait prendre conscience de combien j’avais été manipulé pendant toute mon enfance. Un dessin animé matraqué faisait passer les coyotes pour des abrutis, quand ce sont des animaux fantastiques. Je rêve à présent de récits qui leur rendent leur dignité et ferment le bec à l’oiseau coureur !
En juin 2019, Étienne Davodeau entreprend, à pied et sac au dos, un périple …
Je sors de cette lecture un peu déçu, non du fait de l’ouvrage lui-même, mais de mes attentes. Le contenu est moins théorique que je ne l’espérais, les anecdotes de voyage prennent, trop souvent à mon goût, le pas sur les échanges avec les gens qui accompagnent virtuellement Davodeau dans son voyage, me laissant un goût de trop peu. Sur la forme, si j’ai trouvé le dessin joli, je regrette l’absence de couleur. Les paysages traversés sont probablement magnifiques, mais apparaissent uniformément gris, monotones, tristes.
À mes yeux, le principal intérêt de ce livre est dans le rappel de l’existence du nucléaire, dont le danger est peut-être un peu éclipsé ces jours-ci par le dérèglement climatique et le chaos promis par le numérique. Rappeler que notre époque restera à jamais dans l’histoire de l’humanité celle dont la principale contribution sont des déchets dangereux pour 100000 révolutions autour de l’étoile.
"Tous les grands secrets ont un goût particulier". Nadia a 17 ans et la vie …
Je suis partagé. L’intrigue est assez classique, un trio amoureux entre deux amies et un garçon. J’ai refermé le livre assez frustré, beaucoup de portes ouvertes restent sans réponse. Surtout, le fil rouge de l’histoire est la décision initiale de l’héroïne, Nadia, d’avorter, et les conséquences que cela aura pendant les quelques années que couvre l’histoire. Vu la sensibilité du sujet, je n’ai pu m’empêcher de me demander quel message voulait faire passer l’autrice. Sans doute à tort, car le récit n’est pas manichéen, elle ne porte aucun jugement sur ses personnages.
Malgré ces réserves, j’ai dévoré ce bouquin, la faute à un style qui m’a bien plu, et à des personnages attachant·es, tant le trio principal que les seconds rôles. Et j’ai hâte de retrouver sa plume dans son deuxième livre.
Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de …
Le temps d’un ouikende, Franz Fanon, à quelques mois de son décès, rencontre Sartre, Beauvoir et Lanzman. L’occasion de revenir sur son parcours, sa pensée et son combat pour la liberté du peuple algérien. J’ai eu un peu de mal avec la forme de cet album, le propos parfois un peu trop didactique ou entrant dans les détails des tensions au sein des mouvements indépendantistes, et le dessin auquel je n’ai pas du tout accroché. Ces réserves minimes mises à part, j’ai trouvé que cet album était une excellente introduction au parcours, aux combats et à la pensée de Fanon, manifestement passionnante mais que je ne me sens pas capable d’aborder directement.
Cadre dans une société new-yorkaise, Anton va enfin concrétiser son projet de mariage avec Sophie. …
De tous les livres d’Emily St. John Mandel lus jusqu’à présent, c’est celui qui m’a le moins enthousiasmé. Ni l’intrigue ni les personnages ne sont inoubliables. Reste le style, la construction de l’histoire par petites touches, en navigant entre les personnages et les époques. Ça en fait une lecture agréable mais pas trop prenante, exactement ce que je cherchais cette semaine, donc c’était un bon choix.
Comme beaucoup de femmes, depuis son enfance, Lolo s'est construite à travers le regard des …
Un récit autobiographique d’émancipation. Tristement banal, la pression familiale et sociale, le regard des hommes et leurs agressions. Je suis bien embêté car je ne trouve pas grand chose à en dire, l’album est sans doute trop court pour que j’ai eu le temps de m’attacher à son personnage, d’entrer dans l’histoire. Mais j’ai apprécié le ton et le dessin.
Ijeoma a onze ans lorsque la guerre civile éclate au cœur de la jeune république …
Le Nigeria est l’un des pays les plus homophobes d’Afrique. Depuis 2014, l’homosexualité est interdite dans le code pénal et passible de 14 années de prison. Les agressions homophobes sont légions. C’est dire l’importance de ce livre d’une autrice née au Nigeria, vivant aujourd’hui aux Amériques, et qui met en scène des femmes qui s’aiment. On suit Ijeoma, une adolescente originaire du Biafra, de sa découverte de son attirance pour une camarade pendant la guerre civile, à sa vie d’adulte dans le placard. Un récit touchant, parfois violent, mettant en scène une jeune femme courageuse cherchant une voie entre ses sentiments et la pression familiale et sociale. J’ai bien aimé.