Critiques et Commentaires

Clochix Compte verrouillé

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A rejoint ce serveur il y a 2 années, 4 mois

Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.

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Gabriela Cabezón Cámara, Guillaume Contré: Les aventures de China Iron (Français language, 2022, 10 X 18)

Les Aventures de China Iron, second roman de Gabriela Cabezón Cámara, célébré par la critique …

Un roman picaresque et queer, narrant une évasion et une émancipation. Plongée dans une région et une histoire que je ne connaissais pas du tout, la Pampa argentine à l’époque de la « conquête du désert », guerre du gouvernement argentin contre les populations natives. J’ai parfois eu un peu de mal à accrocher, quand les descriptions des violences de l’œuvre civilisatrice succédaient aux longues descriptions de paysages, et j’ai bien compris qu’il me manquait des références (le roman se veut un pendant à un texte fameux de la littérature argentine, imaginant la vie de l’épouse de ce héros populaire). Mais j’ai refermé le livre avec le sourire, tant est réjouissant ce récit de gens qui s’émancipent de tous les carcans, tant sont attachantes les deux héroïnes et leurs compagnes et compagnons.

a terminé la lecture de L'oiseau rare par Guadalupe Nettel

Guadalupe Nettel, Joséphine de Wispelaere (traduction): L'oiseau rare (French language, 2022, Dalva) Aucune note

Les deux amies s’étaient fait un serment : jamais elles ne se laisseraient aller à …

Des femmes et des enfants. L’une n’en veut pas, mais se prend d’affection pour un môme. L’autre en désirait et se retrouve pleine de doute lorsque sa fille naît lourdement handicapée. La troisième est débordée par un môme rejouant des traumatismes. J’ai bien aimé la lecture de ce court livre qui rappelle qu’il y a milles façons de « faire famille », de s’occuper d’enfants, de nouer des relations entre les générations. Avec en toile de fond les mouvements féministes contemporains au Mexique.

Carole Lobel: En territoire ennemi (Paperback, French language, 2024, L'Association)

Alors qu'elle est encore adolescente, Carole prend ses distances avec sa famille catholique et ses …

Un album difficile à lire jusqu’au bout. Je m’attendais au récit d’une relation d’emprise, au portrait d’un mec toxique. C’est pire. Car le conjoint de l’autrice est non seulement un mec abject qui la maltraite, vit à ses crochets, l’enferme via la maternité. Au fil des pages, il glisse progressivement vers le complotisme et l’extrême-droite, et y entraîne leurs enfants. C’est glaçant, étouffant. Le choix radical de raconter cette histoire avec un bic quatre-couleurs m’a un peu dérangé au début. Mais peu à peu l’expressivité des dessins s’est imposée/ Quand on a une histoire à raconter, et du talent, peu importe l’outil, un bic suffit. Ça m’a remué, j’en suis sorti avec un profond malaise.

Avertissements : violences physiques et psychologiques, viol, neo-nazisme.

Rebecca Hall, Hugo Martinez, Sika Fakambi (traduction): Wake: L'histoire cachée des femmes meneuses de révoltes d'esclaves (GraphicNovel, French language, 2022, Cambourakis) Aucune note

Si les révoltes d'esclaves sont connues, le rôle qu'y ont joué les femmes a souvent …

Le titre est trompeur. Il ne s’agit pas tant d’une histoire des femmes qui ont mené des révoltes d’esclaves, que de la difficulté pour les historien·nes d’exhumer ces histoires. Car que des femmes se révoltent, mènent des révoltes, est exclu. Les sources d’époque ont tu le nom et les actes de ces femmes, et les historiens contemporains n’avaient jusqu’à présent rien vu. On ne trouve que ce que l’on cherche, et lorsqu’on trouve ce que l’on ne cherchait pas, on ne le voit pas. Rebecca Hall raconte sa difficulté à retrouver la trace de ces femmes, leur effacement, et, faute de mieux, imagine l’histoire de quelques unes d’entre elles. On a voulu les effacer, il est quasiment impossible d’en apprendre beaucoup sur elles, mais les indices concordent, des femmes ont bien mené des révoltes, et il est grand temps de leur rendre justice.

a terminé la lecture de Mauvaises herbes par Dima Abdallah

Dima Abdallah: Mauvaises herbes (French language, 2020, Sabine Wespieser Éditeur) Aucune note

Dehors, le bruit des tirs s'intensifie. Rassemblés dans la cour de l'école, les élèves attendent …

Coup de cœur inattendu pour ce livre découvert par hasard. Une histoire à deux voix, sur 40 ans, d’amour entre une fille et son père. Deux mauvaises herbes qui poussent librement, hors des sentiers battus, s’aiment à distance mais sont incapables de se le dire. Avec en toile de fond la tragédie libanaise. Pourtant d’ordinaire je ne suis guère amateur de ce genre de récits introspectifs, où le je rythme chaque phrase. Mais je me suis laissé prendre à la plume sensible, poétique, de Dima Abdallah, à ses phrases qui disent l’amour impossible à exprimer, la détresse, l’exil sur une autre terre ou sur sa propre terre assassinée. Les cafés, les cigarettes et les plantes qu’on s’obstine à soigner sur un balcon. Une très belle découverte.

Emily St. John Mandel: La Mer de la tranquillité (EBook, français language, 2023, Rivages)

Emily St. John Mandel renouvelle le thème classique du voyage dans le temps à sa …

Comme à chaque fois que j’ai trop attendu de lire un livre, je ressors de cette Mer de la Tranquillité un peu déçu. C’est très bien mais pas tout à fait ce que j’attendais. J’avais adoré l’Hôtel de verre, et avais cru comprendre que ce nouveau roman mettait en scène certains de ses personnages. C’est vrai, mais ce ne sont que des caméos, des clins d’œil, qui n’enrichissent pas vraiment l’histoire précédente, comme je l’avais espéré. Reste une histoire de voyages dans le temps, avec ses indispensables paradoxes, qui ne m’a pas complètement convaincu, des personnages que j’ai trouvés moins attachants que dans les précédents romans de l’autrice, mais heureusement toujours son talent de conteuse. Une expérience en demi-teinte, mais bien agréable.

a terminé la lecture de Impossibles adieux par Han Kang

Han Kang: Impossibles adieux (Paperback, français language, 2023, Grasset)

Comme un long songe d'hiver, ce nouveau roman de Han Kang nous fait voyager entre …

Étrange livre. C’est lent, c’est long, plein de digressions, et j’ai plusieurs fois eu envie d’abandonner la lecture. Mais quelque chose dans le ton m’en a retenu. C’est comme un songe, flou, poétique, et en le refermant je ne sais pas qu’en penser. Au moins m’a-t-il donné envie de me pencher sur l’histoire de la Corée, dont je ne connaissais que la guerre puis l’essor économique. J’ai découvert les dictatures et les successions de massacres, mis à jour récemment, de centaines de milliers de civils soupçonnés de sympathies rouges. Pour cela au moins, pour l’évocation de la mémoire des gens dont le massacre a été tu pendant des décennies, ce livre est important.

Zerocalcare, Zerocalcare, Brune Seban (traductrice): No sleep till Shengal (GraphicNovel, French language, 2023, Cambourakis)

Après Kobané, où il est allé en 2014 et où il a pu rencontrer l'armée …

Nouveau voyage de Zerocalcare pour essayer de mettre en lumière des gens qui luttent pour vivre, dans l’espoir que son témoignage les aide à ne pas se faire massacrer. Dans le nord de l’Irak vivent les Yézidis. Victimes d’un génocide par Daesh en 2014, les survivant·es essaient de créer une zone autonome. Évidemment, cette expérience démocratique ne plaît pas à toutes les autres puissances de la zone. On retrouve ici le ton, l’honnêteté du Zérocalcare de Kobané Calling, dans un registre un peu plus sombre si c’est possible, puisqu’il revient sur les massacres de 2014. Encore un album à lire, pour que cette belle expérience démocratique en cours ne sombre pas dans l’oubli, pour qu’elle ne se fasse pas éradiquer dans l’indifférence générale.

a terminé la lecture de Les Pizzlys par Jérémie Moreau

Jérémie Moreau: Les Pizzlys (GraphicNovel, French language, 2022, Delcourt)

[Résumé éditeur] Sur fond d'Anthropocène et d'humanité aliénée par ses GPS, Jérémie Moreau fait voyager …

Un rendez-vous manqué. C’est une jolie histoire, trois jeunes quittent Paris pour l’Alaska et découvrent qu’il existe d’autres manières d’habiter le monde, qu’il est possible d’imaginer un futur qui ne soit pas la catastrophe annoncée. J’ai trouvé certaines planches très jolies. Mais malheureusement je n’ai pas accroché au style graphique de l’auteur, et n’ai pas réussi à lâcher prise pour accepter le caractère onirique du voyage. C’est dommage, il faudra peut-être que je le relise dans un autre contexte.

a terminé la lecture de Maus par Art Spiegelman

Art Spiegelman, Judith Ertel: Maus (GraphicNovel, French language, 2019, Flammarion) Aucune note

«Art Spiegelman est le fils d’un des survivants des ghettos polonais. Né à Stockholm en …

Je remercie Donald Trump d’avoir interdit cet ouvrage, ça m’a donné l’occasion de le relire et de m’apercevoir que le souvenir que j’en avais était très déformé.

Et puis… Il y a 40 ans, à sa sortie, ce livre était un devoir de mémoire, un témoignage pour ne pas oublier les victimes de la barbarie humaine. J’ai l’impression qu’il prend aujourd’hui un second sens, celui d’un avertissement par rapport à ce qui nous pend au nez. Raison de plus pour lire et relire Maus…

a terminé la lecture de Mortelle par Christopher Frank

Christopher Frank: Mortelle (French language, 1983) Aucune note

Dans une société où toutes les maisons sont de verre, et dont les règles ne …

Dans Panorama, Lilia Hassaine imaginait des maisons aux murs transparents. Ça m’a rappelé ce court roman lu à l’adolescence. Étonnamment, il a survécu à tous mes déménagements et j’ai réussi à le retrouver. Mais dès la page de garde, le malaise s’est installé : la phrase en exergue est de Ayn Rand. Et effectivement, cette dystopie est une charge violente contre les dérives potentielles des idéologies plaçant le collectif au dessus de l’individu. Jusqu’à la caricature. Ainsi dans son enfance le héros a été puni car il a été deux mois de suite premier de sa classe, témoignant d’un esprit de compétition. D’un point de vue littéraire, ce court texte est une réussite, réussissant avec une économie de mots à créer un univers totalitaire glaçant. Mais d’un point de vue politique, c’est une apologie de l’individualisme.

Encore un livre lu trop jeune pour en comprendre les implications, et qui …

a terminé la lecture de Panorama par Lilia Hassaine

Lilia Hassaine: Panorama (French language, 2023, Éditions Gallimard) Aucune note

"C'était il y a tout juste un an. Une famille a disparu, là où personne …

Encore une dystopie se déroulant dans un futur proche, ici la france de 2050. Pour assurer la sécurité de la société, la transparence est de mise. Les bons citoyens vivent dans des maisons de verre, afin que chacun puisse veiller sur ses voisins. Les rares crimes sons punis par des tribunaux populaires et des votes sur Internet. L’idée est intéressante, mais je n’ai pas accroché à la réalisation. Le roman prend la forme du journal d’une policière, chargée d’enquêter sur la disparition d’une famille. Ça permet de rendre l’univers crédible, mais, toute l’histoire étant racontée de la plume de la protagoniste, le style est assez plat et on n’échappe pas à ses réflexions pleines de clichés. Quant à l’intrigue, je ne l’ai pas trouvée très originale. Bref, une petite déception par rapport aux critiques que j’avais lues à l’époque de la publication de cet ouvrage.

Hester Fox, Élisabeth Luc (traduction): La berceuse des sorcières (French language, 2023, Faubourg Marigny) Aucune note

Deux femmes. Une histoire de sorcellerie. Et un pouvoir féminin profondément enraciné qui résonne à …

Une lecture agréable et rapide, qui me laisse un sentiment mitigé. Un dénouement trop rapide qui m’a laissé sur ma faim. Des personnages à la psychologie peu creusée… Est-ce un récit d’émancipation teinté de romance, ou une romance utilisant la figure de la sorcière pour se donner un vernis féministe ? Bon, je ne vais pas bouder mon plaisir, malgré des réserves c’est un texte qui a fait agréablement passer le temps quelques heures durant.

Dorothy Allison, Michèle Valencia: L'histoire de Bone (French language, 1999, 10-18) Aucune note

En Caroline du Sud, les étés sont étouffants. Les soirées se passent sur la véranda, …

Le titre original, « Une bâtarde de Caroline », est peut-être plus parlant. Histoire d’une enfance dans une famille blanche pauvre dans le sud des États-Unis d’Amérique, dans les années 50. « White trash ». Entre souvenirs d’enfance. Famille nombreuse, non conventionnelle mais aimante. Une ribambelle de tantes et d’oncles, de cousins. Et un beau-père, violent et incestueux (TW : scènes d’agressions sexuelles et de viol). Bone, mais aussi sa mère et ses tantes, sont particulièrement attachantes. Ce récit, manifestement autobiographique, m’a touché.

a terminé la lecture de Mauvais Œil par Etaf Rum

Etaf Rum, Diniz Galhos (traduction): Mauvais Œil (French language, 2025, Éditions de l'Observatoire) Aucune note

Lorsque le proviseur de la fac où Yara travaille la convoque pour faute disciplinaire, c'est …

Dans son deuxième roman, Etaf Rum continue à raconter la vie des femmes d’origine palestinienne vivant aux États Unis d’Amérique. Elle s’intéresse ici à la génération suivante, celle née en Amérique et qui a eu accès à des études supérieures. J’ai bien aimé ce récit, mais l’ai trouvé un cran en dessous du Silence d’Isra. Il se concentre sur un seul personnage, Yara, et sur la transmission des traumatismes de génération en génération. J’avoue avoir parfois trouvé le temps un peu long, 400 pages à suivre l’évolution des états d’âme de l’héroïne et le délitement de son mariage. Heureusement, Etaf Rum a une jolie plume, et sait rendre Yara attachante. Une lecture bien agréable.