Critiques et Commentaires

Clochix Compte verrouillé

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A rejoint ce serveur il y a 2 années, 4 mois

Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.

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a terminé la lecture de Chinongwa par Lucy Mushita

Lucy Mushita, Élise Argaud (traduction): Chinongwa (French language, 2012, Actes Sud) Aucune note

Depuis que sa soeur aînée a été "cédée", c'est-à-dire donnée en mariage à un riche …

Un huis-clos dans la forêt, dans un lieu et une époque indéfini (le Zimbabwe au début du XXième siècle d’après la quatrième de couverture). Des personnages contraints par les circonstances (la colonisation européenne qui a privé des familles de leurs terres) et les traditions. Une gamine que sa famille cherche à marier pour échapper à la famine grâce à la dot. Deux femmes qui, par incompréhension, s’affrontent. J’ai trouvé parfois le temps un peu long et ai eu du mal à me passionner pour l’histoire. Reste l’intérêt d’une première excursion dans une région et une culture où je n’avais jamais mis les yeux.

James W. Loewen, Nate Powell (illustration), Mathilde Bouhon, Mathilde Tamae-Bouhon: Une histoire critique des États-Unis (GraphicNovel, French language, 2025, Steinkis) Aucune note

Le récit de notre histoire participe-t-il à la reproduction des injustices et des inégalités ? …

Contrairement aux apparences, ce livre n’est pas un roman graphique. Les dessins ne servent pas vraiment à illustrer le propos, mais juste à mettre un peu d’air dans un résumé des thèses de James W. Loewen. Mais je ne regrette pas de m’être fait avoir, car je n’aurais probablement jamais ouvert le livre original, et ça aurait été dommage, car le propos est très intéressant. À travers une critique des principaux manuels d’histoire utilisés dans le secondaire, Loewen traite de plusieurs sujets : la place de l’enseignement de l’histoire dans l’éducation. La fabrication des manuels scolaires (j’ai découvert que les manuels étaient choisis par des collèges de parents élus. Pour les vendre, les éditeurs cherchent donc à être le plus consensuels possible). Enfin, ça éclaire une partie de l’idéologie trumpiste, la bataille autour du roman national des USA, autour notamment du génocide des premières nations et des siècles d’esclavage puis …

a terminé la lecture de Ségou (La terre en miettes) par Condé Maryse (Ségou, #2)

Condé Maryse: Ségou (French language, 2003, Pocket) Aucune note

  1. L'Afrique n'est déjà plus ce qu'elle était. Les Européens font main basse sur les …

Après le déclin, la chute. Si dans le premier tome, les fils de la première génération donnaient encore parfois l’impression de décider de leur destin, les générations suivantes sont ballottées par les évènements, tandis que les menaces s’approchent des murs de Ségou, Islam puis français. La plupart des protagonistes ont oublié les origines de leurs parents, essaient parfois maladroitement de les retrouver, et le délitement de la famille Traoré est à l’image de celui de Ségou. Ce deuxième volume est assez différent du premier, par l’éparpillement des histoires et les destins plus tragiques, on n’a guère le temps de s’attacher aux personnages. Mais sa lecture est tout aussi passionnante.

a terminé la lecture de Ségou (Les murailles de terre) par Condé Maryse (Ségou, #1)

Condé Maryse: Ségou (Hardcover, French language, 2019, Robert Laffont) Aucune note

Ségou est un roman si riche et si divers qu'on ne le peut résumer. Il …

J’ai adoré cette saga passionnante, narrant le déclin d’un empire Bambara voilà 200 ans, à travers les destins des fils d’une famille noble. La société traditionnelle est bousculée, prise en étau entre l’arrivée par l’est d’une nouvelle religion, l’Islam, qui conquiert les terres et les esprits, et à l’ouest, les puissances européennes avides d’esclaves pour leurs plantations d’Amérique. Le récit est riche, les personnages foisonnants (hélas quasi exclusivement masculins), je m’y suis souvent perdu, mais ai beaucoup aimé découvrir de l’intérieur ces sociétés, décrites avec précision et affection par Maryse Condé. J’hésitais depuis longtemps à ouvrir ce pavé (les deux tomes font plus de 800 pages), mais je l’ai dévoré sans jamais m’ennuyer.

(Petit bémol à l’éditeur pour la qualité de l’impression de cette édition, les lettres bavent parfois, j’avoue que ça m’a un peu compliqué la lecture).

a terminé la lecture de Sirocco par Giulio Macaione

Giulio Macaione: Sirocco (GraphicNovel, French language, 2022, Ankama) Aucune note

Mia termine le lycée et n’a qu’une idée en tête : devenir danseuse. Elle vit …

J’ai beaucoup aimé cet album. Les personnages sont attachant⋅es, entre Elsa, une femme libre qui décide de le rester, Gianni, père aimant et Mia, jeune femme pleine de doutes et de vie. On partage quelques mois de leur vie, entre Venise et la Sicile, leurs amours, et les choix difficiles à faire à tout âge. C’est doux, un peu triste, bourré d’amour, porté par un dessin élégant. On sort son mouchoir et on se laisse emporter par l’histoire.

a terminé la lecture de Lebensborn par Isabelle Maroger

Isabelle Maroger: Lebensborn (GraphicNovel, Français language, 2024, Bayard Graphic')

Un matin qu'elle se promène avec son fils, bébé, Isabelle Maroger se fait interpeller par …

J’ai été déçu car ça ne correspondait pas à ce que j’en attendais. La politique des Lebensborns nazis, si elle est à l’origine de l’histoire, est à peine évoquée, hormis dans la postface. L’album raconte avant tout une quête, celle de la mère de l’autrice, à la recherche de sa famille biologique. Je n’ai pas vraiment accroché à l’angle ni au style graphique, simple affaire de goûts.

Ewen Blain, Fabien Grolleau: Naoto (GraphicNovel, French language, 2021, Steinkis) Aucune note

« Je n'étais pas anti-nucléaire avant, Tepco m'avait lavé le cerveau. Mais vous en France …

Je n’ai été emballé ni par le style graphique, ni par les références à la mythologie. Mais l’histoire (vraie) est belle, celle de Naoto Matsumura, un habitant de la région de Fukushima qui, après la catastrophe, décide de rester dans la zone contaminée pour s’occuper des animaux de sa ferme, puis peu à peu de tous les animaux abandonnés de la région. Une BD sympathique, entre rappel des dangers du nucléaire et portrait d’un homme qui ne considère pas les non-humains comme inférieurs.

a terminé la lecture de Sibylline par Sixtine Dano

Sixtine Dano: Sibylline (GraphicNovel, French language, 2025, Glénat) Aucune note

À tout juste 19 ans, Raphaëlle ressemble à toutes les jeunes filles de son âge. …

Une jeune femme arrive à Paris pour ses études. Confrontée au coût de la vie, elle accepte progressivement de rencontrer des hommes moyennant rémunération. J’ai eu un coup de cœur pour ce très bel album. Pour le dessin d’abord. Pour les personnages surtout, notamment l’héroïne, Raphaëlle, jeune femme au caractère bien trempé. Pour le ton de l’autrice enfin, qui porte sur ses personnages un regard tendre, sans jugement, tout en nuances. Et ne néglige pas dans son propos de mettre en lumière les rapports de force qui régissent ce commerce de femmes (très) jeunes et désargentées. Je recommande chaudement cet album !

a terminé la lecture de Badjens par Delphine Minoui

Delphine Minoui: Badjens (Français language, 2024, Seuil) Aucune note

« Bad-jens : mot à mot, mauvais genre. En persan de tous les jours: espiègle …

Un court texte plein de vie, de révolte et de courage. Portrait d’une de ces adolescentes qui font trembler un des pires régimes patriarcaux de la planète. Une enfance sous un voile de plomb, mais la vie s’immisce dans les interstices jusqu’à éclater. Badjens est une ado comme les autres, qui rêve, danse, se fait des potes sur Insta. Parfois elle a peur, parfois elle se montre courageuse. Un texte touchant comme un aiguillon pour nous rappeler que même si les projecteurs se sont déplacés, les femmes iraniennes essaient toujours de vivre.

Niviaq Korneliussen, Inès Jorgensen (traduction): Homo sapienne (French language, 2018, La Peuplade) Aucune note

Révélant une voix exceptionnelle, Homo sapienne suit la vie de cinq jeunes dans la ville …

Un roman résolument moderne, dans la forme comme dans le fond, montrant que la jeunesse groenlandaise est comme toutes les autres, elle boit, aime, couche, s’interroge sur son orientation sexuelle et son identité de genre. J’ai sans doute lu trop de livres similaires (l’aspect queer en moins), ou lu celui-ci au mauvais moment, en parallèle d’autres qui me touchaient davantage. J’ai été un peu déçu, mais ai trouvé cette lecture sympathique.

Tiphaine Rivière: La distinction (GraphicNovel, Français language, 2023, Delcourt)

Un jeune prof de lycée initie sa classe de terminale à la sociologie. Cette BD …

Ça y est, je ne suis plus une fraude, j’ai enfin lu Bourdieu ! Bon, une BD inspirée de Bourdieu. Disons que j’ai enrichi mon capital culturel de quelques notions de sociologie. Cet album est une passionnante introduction à la sociologie et aux travaux de Bourdieu. À travers un jeune prof de lycée, ses proches et ses élèves, Tiphaine Rivière illustre, au propre et au figuré, les notions de capital social et de reproduction. Elle mélange les mises en situation et les citations, le théorique et le pratique. Ça rend la lecture parfois exigeante, du moins d’où je pars, mais toujours passionnante. Je veux d’autres ouvrages de vulgarisation de cette qualité !

Anaïs Barbeau-Lavalette: La femme qui fuit (French language, 2017, Le livre de poche) Aucune note

Elle s'appelait Suzanne Meloche et était née en 1926 à Ottawa. Un jour, elle décida, …

Tentative de portrait d’une femme et d’une époque. Le Québec des années 40 vit sous une chape de plomb morale, qu’un groupe de jeunes artistes essaie de secouer. L’héroïne du récit est une femme insaisissable, qui toute sa vie a refusé de s’attacher et ne s’est exprimée que par l’art. À sa mort, elle laisse dans la vie de ses proches un trou béant, que sa petite fille essaie de rapiécer, en imaginant sa vie, ses motivations. Des mots, une histoire, pour combler un vide, essayer de comprendre. Sortir de l’ombre aussi cette femme qui a participé à des évènements majeurs de son époque, le manifeste Refus global, les Freedom rides contre la ségrégation raciale… Ce livre me laisse un sentiment ambiguë. Je comprend la démarche de l’autrice, son besoin de combler un vide. Mais, en imaginant les motivations de sa grand-mère, est-ce qu’elle ne va pas à l’encontre des …

Peter Wohlleben, Benjamin Flao, Fred Bernard: La vie secrète des arbres (GraphicNovel, French language, 2023, Les Arènes)

[Résumé éditeur] Plongez dans La Vie secrète des arbres avec le forestier le plus célèbre …

J’ai enfin lu cette fameuse BD, et elle est à la hauteur de sa réputation. C’est à la fois une magnifique déclaration d’amour et un livre puissant qui fait changer de regard. Une déclaration d’amour pour les arbres, en mots et en dessins. Et un livre qui me fait redéfinir la notion de vivant, pour y intégrer les végétaux, non plus d’un simple point de vue intellectuel, mais conscient. Je sais que certaines des thèses formulées par l’auteur sont contestées d’un point de vue scientifique. Mais qu’importe, ça n’est pas le propos. L’important est dans l’appel au respect pour une forme de vie très différente de la nôtre, mais qui n’en reste pas moins de la vie, précieuse.

a terminé la lecture de Le Démon de mamie par Cestac Florence (Les démons de l’existence, #4)

Cestac Florence: Le Démon de mamie (GraphicNovel, French language, 2025, Dargaud) Aucune note

« La vieillesse est si longue qu’il ne faut pas commencer trop tôt », disait …

Je fais les choses à l’envers, en découvrant Florence Cestac par son dernier album. Un livre qui aborde par le prisme de l’humour cette grande peur, la vieillesse et ses maux. C’est parfois tendre, parfois caustique, j’ai bien aimé.

a terminé la lecture de Soleil amer par Lilia Hassaine

Lilia Hassaine: Soleil amer (French language, 2021, Gallimard) Aucune note

À la fin des années 50, dans la région de l'Aurès en Algérie, Naja élève …

25 ans de la vie d’une famille qui a quitté les montagnes de Kabylie pour un HLM en banlieue parisienne. Un récit doux-amer qui m’a fait un peu la même impression que La discrétion, de Faïza Guène : un livre trop court. On y croise de nombreux personnages intéressants, que l’on aurait envie de mieux connaître, mais les à peine 150 pages ne le permettent pas. Une lecture agréable, mais qui m’a laissé sur ma faim, tant pour les personnages que pour le style, assez neutre.