Critiques et Commentaires

Clochix Compte verrouillé

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A rejoint ce serveur il y a 2 années, 8 mois

Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.

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Karine Silla: Aline et les hommes de guerre (French language, 2020, Éditions de l'Observatoire) Aucune note

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, …

Le sujet est passionnant, mais j’ai eu un peu de mal avec le style, froid, impersonnel, et le rythme, la révolte annoncée dans le résumé n’étant abordée que dans le dernier tiers du récit. Mais si le côté romanesque m’a laissé sur ma faim, l’aspect documentaire est très intéressant. Ça aborde la colonisation française du Sénégal selon différents points de vue, habitants qui résistent ou essaient de s’adapter à l’occupation, colons cruels ou sincèrement convaincus de leur mission civilisatrice. Surtout, le récit évoque le peuple Dialo, dont la société semble, par certains aspects, assez proche de l’idéal : peu de hiérarchies et de structures de pouvoir, pas d’attirance excessive pour la violence ou le fanatisme religieux, un rapport apaisé et symbiotique à son environnement… (tout n’est pas parfait, notamment au niveau de la répartition des rôles entre femmes et hommes). Pas besoin de SF pour imaginer d’autres futurs désirables, il …

Caroline Cohen Ring: Histoires de sororité (GraphicNovel, Français language, Glénat) Aucune note

Quand les femmes s’entraident, la cause avance…

On parle souvent des grandes femmes qui …

Un nouvel ouvrage qui met en avant des femmes oubliées de l’histoire. Le style graphique n’est pas vraiment à mon goût, et j’ai regretté que malgré le titre, l’album se résume essentiellement à une série de portraits davantage qu’à des histoires de sororité. Mais il y a des personnages et des histoires dont je n’avais jamais entendu parler, ça en fait une lecture agréable et instructive.

Marie Bardiaux-Vaïente, Malo Kerfriden: L'enfer est vide, tous les démons sont ici (GraphicNovel, French language, 2021, Glénat BD) Aucune note

L’héritier du procès de Nuremberg.

Adolf Eichmann est l’un des grands architectes de la …

Un livre que j’ai malheureusement trouvé un peu confus, sautant entre plusieurs sujets sans aller jusqu’au bout d’aucun. Le contexte du procès d’Eichmann dans le cadre de l’émergence du jeune état israélien sur la scène internationale. Quelques extraits du procès lui-même, mais trop peu pour tout comprendre. Puis, la partie à mon sens la plus intéressante, le débat sur la peine de mort. C’était probablement le réel objet de l’album, mais ça arrive bien tard. Une lecture un peu frustrante, mais intéressante.

Manon Garcia: Vivre avec les hommes (French language, 2025, Climats)

« Je suis philosophe, je m'intéresse aux rapports entre les femmes et les hommes : …

Manon Garcia a écrit un livre passionnant et abordable. J’avais déjà beaucoup lu sur le procès des viols donc Gisèle Pelicot a été victime, mais la philosophe aborde ici des thèmes que j’avais jusqu’alors peu vus traités. C’est écrit dans une langue simple, en une succession de courts chapitres, pas de craintes à avoir pour les gens qui comme moi hésiteraient à ouvrir un livre de philosophie. Au delà du viol et du patriarcat dont il est un des piliers, elle réfléchit également à la justice, à ce qu’il faut en attendre ou non, et ouvre des pistes. Et puis, surtout, il y a la question qui donne son titre à l’ouvrage et à laquelle elle ne donne pas de réponse : finalement, est-il possible pour les femmes de continuer à vivre aux côtés des hommes ?

a terminé la lecture de Pisse-Mémé par Cati Baur

Cati Baur: Pisse-Mémé (GraphicNovel, French language, 2023, Dargaud) Aucune note

Quatre meufs autour de la quarantaine réunies autour d’un projet collectif : ouvrir un bar …

Une lecture douce et bobo pour changer un peu, avec cette sympathique histoire de quatre femmes qui, grâce à un héritage, réalisent le rêve de notre classe : ouvrir un salon de thé-librairie-cours de yoga. L’album coche à peu près toutes les cases, personnages diverses et attachantes, ton gai, quelques rebondissements… bref, j’affecte un ton cynique pour ne pas avouer j’ai trouvé cette lecture bien agréable et me cherche une tante dont je pourrais hériter.

a terminé la lecture de Ruptures par Laure Sirieix

Laure Sirieix, Lauri Fernandez: Ruptures (GraphicNovel, French language, 2022, Bang éditions) Aucune note

En pleines révisions du bac, María quitte précipitamment Paris pour se rendre à Barcelone au …

María, jeune femme pêchue, se rend à Barcelone au chevet de sa grand-mère. À mesure qu’elle découvre les secrets de celle-ci, on plonge dans les exactions du régime franquiste et de l’église catholique, notamment à l’encontre des femmes. J’ai vraiment bien aimé cette BD, pour ses personnages, quatre générations de femmes déterminées. Pour son rappel qu’une dictature fasciste a existé à nos portes jusqu’au milieu des années 70. Pour son évocation du combat actuel contre l’oubli et pour la justice. Et pour le style de ses dessins.

a terminé la lecture de Arborescences par Chi Hui (Abécédaire de l'imaginaire, #1)

Chi Hui, Gwennaël Gaffric, luvan, Aiki Mira, Thomas Herth (traduction), Miléna Yung (traduction): Arborescences (French language, 2024, Asiathèque)

Recueil de trois nouvelles de science-fiction autour de la mue, des corps qui évoluent. Le nid, de Chi Hui, m’a rappelé la SF des débuts, l’exploration par les humains de planètes où vivent des êtres à la fois proches de l’espèce humaine et très différentes. Une Fluctuation dans le vide, d'Aiki Mira, est une expérience un peu trop perchée pour moi, mais passionnante et très contemporaine, dans un monde où disparaissent les frontières entre intelligences de chair, de métal ou d’octets. Enfin, avec Marginalia, Luvan imagine les adaptations et hybridations d’humaines envoyées exploiter une planète lointaine. Trois variations sur le même thème, très différentes dans la forme et le ton, trois futurs possibles, faits d’évolutions radicales, trois respirations pour imaginer des avenirs lointains et se sortir la tête du merdier contemporain, j’ai bien aimé le bol d’air et de réflexion offert par ce petit livre.

Marine Courtade, Alexandra Petit: On ne parle pas de ces choses-là (GraphicNovel, French language, 2025, Casterman)

Le tabou des tabous. La journaliste Marine Courtade décortique les mécanismes de silence autour de …

Dans notre société, le vrai tabou, ça n’est pas l’inceste, mais parler de l’inceste. C’est à ce tabou que s’attaque Marine Courtade. Des années après avoir été victime, elle va interroger les adultes de sa famille, pour essayer de comprendre pourquoi personne n’a rien fait, pourquoi ce système a pu perdurer pendant des décennies et faire autant de victimes. Elle aime sa famille, essaie de ne pas juger, écoute les uns et les autres, gratte les plaies et tente d’appliquer du baume. Un récit profondément touchant. L’enquête personnelle est complétée par un dossier très éclairant, avec notamment des entretiens avec l’anthropologue Dorothée Dussy, l’historienne Fabienne Giuliani et la psychiatre Muriel Salmona, qui aident à comprendre ce système qui rend possible qu’un enfant sur 10 soit victime de violences sexuelles dans le cadre familial. Bref, encore une lecture indispensable.

Giulia Foïs: Je suis une sur deux (French language, 2020, Groupe Flammarion)

Je vais me permettre de te tutoyer, tu ne m'en veux pas ? On ne …

Vingt ans après avoir été victime d’un viol, Giulia Foïs prend la parole. Pour dire aux autres victimes qu’elles ne sont pas seules. Pour dénoncer ce système qui tolère toujours le viol et inflige aux victimes une double peine, qui rend très difficile la cicatrisation de la blessure. Elle-même a été aidée en lisant des témoignages d’autres victimes, en parlant avec d’autres femmes. Alors à son tour elle prend la parole, dans l’espoir d’apporter un peu d’aide à d’autres femmes. En marge, elle donne aussi des conseils sur ce qu’on peut faire et ce qu‘il vaut mieux éviter, en tant qu’homme. Pas seulement éviter d’agresser, mais aussi les mots, les attitudes à éviter, comment, à défaut de pouvoir vraiment devenir allié, éviter d’enfoncer encore un peu plus les victimes.

Quitterie Simon (scénario), Francesca Vartuli (dessin): Ce que je sais de Rokia (GraphicNovel, French language, 2024, Futuropolis) Aucune note

Marion décide d'accueillir sous son toit où elle vit avec Julien, son compagnon et Lou, …

Un album qui redonne un peu foi en l’humanité et oblige à réfléchir. Foi en l’humanité en voyant tant de gens s’engager sans hésiter pour aider Rokia, une jeune migrante. La scénariste Quitterie Simon s’est inspirée de son expérience, et elle m’inspire le respect. Je n’aurais pas été capable d’un tel engagement inconditionnel. Cet histoire a le grand mérite de mettre en lumière un sujet rarement abordé : le droit des personnes migrantes à avoir une part d’ombre, à user de subterfuges. Il interroge aussi nos motivations, les conditions de notre soutien, jusqu’où nous sommes prêt·es à aller. Il explore la complexité des relations humaines, où affection et mensonge peuvent aller de paire. C’est un livre motivant et utile.

Adélaïde Pralon, Adélaïde Pralon (traduction): Dios et Florida (French language, 2025, Globe) Aucune note

Florence « Florida » Baum se fait discrète dans la prison pour femmes d’Arizona où …

D’Ivy Pochoda, j’avais bien aimé Ces femmes là. J’ai plus de réserves sur cet opus. D’abord parce que la quatrième de couverture est mensongère. Un éditeur a cru bon d’invoquer Thelma et Louise, alors que l’histoire n’a à mon sens rien à voir, si ce n’est d’être centrée sur deux femmes en cavale, et le (ici la) flic qui les cherche.. D’où une déception par rapport à mes attentes. Seconde réserve, je n’ai pas vraiment compris ce que l’autrice voulait nous dire. Ça parle du rapport de trois femmes à la violence. L’une fait le choix de se l’approprier, y compris gratuitement. Les deux autres sont en quête. J’ai l’impression que la psychologie des trois héroïnes m’a pour l’essentiel échappé. Reste une écriture puissante, un personnage plein d’ambiguïtés, Florida, du suspense, des descriptions prenantes, la vie d’une prison pour femmes, et, surtout, Los Angeles pendant le Grand Confinement (la ville …

a terminé la lecture de Lettres perdues par Jim Bishop

Jim Bishop: Lettres perdues (GraphicNovel, 2021, GLENAT) Aucune note

Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui …

J’ai trouvé le scénario un peu trop tarabiscoté, avec des intrigues secondaires tout juste esquissées. Ces réserves mises à part, ce livre est un régal pour les yeux ! J’ai adoré l’univers graphique plein de lumière, d’imagination et de poésie, quelque part entre le petit prince et Little Nemo.

Marie Charrel: Les Mangeurs de nuit (French language, 2023, Éditions de l'Observatoire) Aucune note

Hannah est une Nisei, une fille d'immigrés japonais. Si son père l'a bercée de contes …

C'est le deuxième livre de Marie Charrel que je lis et j'en ressors avec le même sentiment : j'ai bien aimé mais il a manqué un petit supplément d'âme pour en faire un coup de cœur. On est sur la côte est du Canada, autour des années 40. Deux histoires se mêlent, d’un côté une adolescente confrontée à la monté du racisme anti-asiatique, focalisé sur la communauté japonaise (j’ignorais qu’il s’était passé au Canada la même chose qu’aux USA : à la déclaration de guerre, les familles japonaises ont été expropriées, envoyées dans des camps). De l’autre, un homme solitaire, pétri de culture des Premières Nations, vit à la lisière entre la communauté des hommes et la forêt. Le récit aborde de nombreux sujets, racisme, pouvoir des mots, violence, spiritualité, je l’ai lu d’une traite, partagé entre la sympathie pour l’univers et les personnages, et une certaine frustration de ne …

a terminé la lecture de Impact par Olivier Norek

Olivier Norek, Frédéric Pontarolo: Impact (GraphicNovel, French language, 2025, Michel Lafon) Aucune note

Nous avons vécu en harmonie avec la nature. Puis nous l'avons domestiquée, pour ensuite l'exploiter …

Une BD adaptée d’un roman policier traitant d’écoterrorisme, et mettant en scène un binôme de flics, autant dire que j’étais méfiant en ouvrant cet album. Mais, malgré un final que j’ai trouvé déconcertant, j’ai finalement bien aimé. Le propos est solide, le scénario mêle équitablement action et descriptions de l’urgence climatique et de la responsabilité des gens, dirigeants d’entreprise et politiques, qui nous y plongent avec cynisme. La question de la lutte violente comme légitime défense me semble posée de façon assez juste, et on échappe au manichéisme. V pour Vendetta a décliné pendant des années le masque de Guy Hawke dans les manifestations. J’aimerais bien que cette BD ait du succès et voir fleurir des pandas balafrés.

Léonora Miano: La saison de l'ombre (French language, 2013, Grasset) Aucune note

Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l'intérieur des terres, dans le clan Mulungo. …

Dans ce livre, Léonora Miano essaie de faire revivre ce qui a été détruit. Une petite communauté vit en paix au cœur de la forêt, quelque part en Afrique de l’Ouest, trop isolée et insignifiante pour être un enjeu pour les peuples voisins. Mais l’arrivée de navigateurs européens en quête de bras pour leurs plantations va bouleverser ce fragile équilibre. J’ai beaucoup aimé ce récit très touchant, tant pour la tentative de reconstituer la vie d’un peuple disparu, que pour ses personnages, notamment Eyabe̱, qui part à la recherche de son fils aîné disparu, et Ebeise̱, l’ancienne, qui résiste lorsque tout s’effondre.