Vieux geek aigri, je cherche dans les livres à comprendre les humains et des graines de futurs un peu plus désirables. Mes goûts me poussent essentiellement vers les récits contemporains et l’anticipation.
En pleines révisions du bac, María quitte précipitamment Paris pour se rendre à Barcelone au …
María, jeune femme pêchue, se rend à Barcelone au chevet de sa grand-mère. À mesure qu’elle découvre les secrets de celle-ci, on plonge dans les exactions du régime franquiste et de l’église catholique, notamment à l’encontre des femmes.
J’ai vraiment bien aimé cette BD, pour ses personnages, quatre générations de femmes déterminées. Pour son rappel qu’une dictature fasciste a existé à nos portes jusqu’au milieu des années 70. Pour son évocation du combat actuel contre l’oubli et pour la justice. Et pour le style de ses dessins.
Recueil de trois nouvelles de science-fiction autour de la mue, des corps qui évoluent. Le nid, de Chi Hui, m’a rappelé la SF des débuts, l’exploration par les humains de planètes où vivent des êtres à la fois proches de l’espèce humaine et très différentes. Une Fluctuation dans le vide, d'Aiki Mira, est une expérience un peu trop perchée pour moi, mais passionnante et très contemporaine, dans un monde où disparaissent les frontières entre intelligences de chair, de métal ou d’octets. Enfin, avec Marginalia, Luvan imagine les adaptations et hybridations d’humaines envoyées exploiter une planète lointaine. Trois variations sur le même thème, très différentes dans la forme et le ton, trois futurs possibles, faits d’évolutions radicales, trois respirations pour imaginer des avenirs lointains et se sortir la tête du merdier contemporain, j’ai bien aimé le bol d’air et de réflexion offert par ce petit livre.
Le tabou des tabous. La journaliste Marine Courtade décortique les mécanismes de silence autour de …
Dans notre société, le vrai tabou, ça n’est pas l’inceste, mais parler de l’inceste.
C’est à ce tabou que s’attaque Marine Courtade. Des années après avoir été victime, elle va interroger les adultes de sa famille, pour essayer de comprendre pourquoi personne n’a rien fait, pourquoi ce système a pu perdurer pendant des décennies et faire autant de victimes. Elle aime sa famille, essaie de ne pas juger, écoute les uns et les autres, gratte les plaies et tente d’appliquer du baume. Un récit profondément touchant.
L’enquête personnelle est complétée par un dossier très éclairant, avec notamment des entretiens avec l’anthropologue Dorothée Dussy, l’historienne Fabienne Giuliani et la psychiatre Muriel Salmona, qui aident à comprendre ce système qui rend possible qu’un enfant sur 10 soit victime de violences sexuelles dans le cadre familial.
Bref, encore une lecture indispensable.
Je vais me permettre de te tutoyer, tu ne m'en veux pas ? On ne …
Vingt ans après avoir été victime d’un viol, Giulia Foïs prend la parole. Pour dire aux autres victimes qu’elles ne sont pas seules. Pour dénoncer ce système qui tolère toujours le viol et inflige aux victimes une double peine, qui rend très difficile la cicatrisation de la blessure. Elle-même a été aidée en lisant des témoignages d’autres victimes, en parlant avec d’autres femmes. Alors à son tour elle prend la parole, dans l’espoir d’apporter un peu d’aide à d’autres femmes.
En marge, elle donne aussi des conseils sur ce qu’on peut faire et ce qu‘il vaut mieux éviter, en tant qu’homme. Pas seulement éviter d’agresser, mais aussi les mots, les attitudes à éviter, comment, à défaut de pouvoir vraiment devenir allié, éviter d’enfoncer encore un peu plus les victimes.
Marion décide d'accueillir sous son toit où elle vit avec Julien, son compagnon et Lou, …
Un album qui redonne un peu foi en l’humanité et oblige à réfléchir.
Foi en l’humanité en voyant tant de gens s’engager sans hésiter pour aider Rokia, une jeune migrante. La scénariste Quitterie Simon s’est inspirée de son expérience, et elle m’inspire le respect. Je n’aurais pas été capable d’un tel engagement inconditionnel.
Cet histoire a le grand mérite de mettre en lumière un sujet rarement abordé : le droit des personnes migrantes à avoir une part d’ombre, à user de subterfuges. Il interroge aussi nos motivations, les conditions de notre soutien, jusqu’où nous sommes prêt·es à aller. Il explore la complexité des relations humaines, où affection et mensonge peuvent aller de paire. C’est un livre motivant et utile.
Florence « Florida » Baum se fait discrète dans la prison pour femmes d’Arizona où …
D’Ivy Pochoda, j’avais bien aimé Ces femmes là. J’ai plus de réserves sur cet opus. D’abord parce que la quatrième de couverture est mensongère. Un éditeur a cru bon d’invoquer Thelma et Louise, alors que l’histoire n’a à mon sens rien à voir, si ce n’est d’être centrée sur deux femmes en cavale, et le (ici la) flic qui les cherche.. D’où une déception par rapport à mes attentes. Seconde réserve, je n’ai pas vraiment compris ce que l’autrice voulait nous dire. Ça parle du rapport de trois femmes à la violence. L’une fait le choix de se l’approprier, y compris gratuitement. Les deux autres sont en quête. J’ai l’impression que la psychologie des trois héroïnes m’a pour l’essentiel échappé. Reste une écriture puissante, un personnage plein d’ambiguïtés, Florida, du suspense, des descriptions prenantes, la vie d’une prison pour femmes, et, surtout, Los Angeles pendant le Grand Confinement (la ville …
D’Ivy Pochoda, j’avais bien aimé Ces femmes là. J’ai plus de réserves sur cet opus. D’abord parce que la quatrième de couverture est mensongère. Un éditeur a cru bon d’invoquer Thelma et Louise, alors que l’histoire n’a à mon sens rien à voir, si ce n’est d’être centrée sur deux femmes en cavale, et le (ici la) flic qui les cherche.. D’où une déception par rapport à mes attentes. Seconde réserve, je n’ai pas vraiment compris ce que l’autrice voulait nous dire. Ça parle du rapport de trois femmes à la violence. L’une fait le choix de se l’approprier, y compris gratuitement. Les deux autres sont en quête. J’ai l’impression que la psychologie des trois héroïnes m’a pour l’essentiel échappé. Reste une écriture puissante, un personnage plein d’ambiguïtés, Florida, du suspense, des descriptions prenantes, la vie d’une prison pour femmes, et, surtout, Los Angeles pendant le Grand Confinement (la ville est peut-être le personnage principal du roman), la population campant dans des abris de fortune dans toutes les rues, devant des commerces aux vitrines barricadées. Quelques jours après avoir refermé le bouquin, l’errance de Florida dans les rues de la ville me reste en tête, c’est bon signe.
Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui …
J’ai trouvé le scénario un peu trop tarabiscoté, avec des intrigues secondaires tout juste esquissées. Ces réserves mises à part, ce livre est un régal pour les yeux ! J’ai adoré l’univers graphique plein de lumière, d’imagination et de poésie, quelque part entre le petit prince et Little Nemo.
Hannah est une Nisei, une fille d'immigrés japonais. Si son père l'a bercée de contes …
C'est le deuxième livre de Marie Charrel que je lis et j'en ressors avec le même sentiment : j'ai bien aimé mais il a manqué un petit supplément d'âme pour en faire un coup de cœur. On est sur la côte est du Canada, autour des années 40. Deux histoires se mêlent, d’un côté une adolescente confrontée à la monté du racisme anti-asiatique, focalisé sur la communauté japonaise (j’ignorais qu’il s’était passé au Canada la même chose qu’aux USA : à la déclaration de guerre, les familles japonaises ont été expropriées, envoyées dans des camps). De l’autre, un homme solitaire, pétri de culture des Premières Nations, vit à la lisière entre la communauté des hommes et la forêt. Le récit aborde de nombreux sujets, racisme, pouvoir des mots, violence, spiritualité, je l’ai lu d’une traite, partagé entre la sympathie pour l’univers et les personnages, et une certaine frustration de ne …
C'est le deuxième livre de Marie Charrel que je lis et j'en ressors avec le même sentiment : j'ai bien aimé mais il a manqué un petit supplément d'âme pour en faire un coup de cœur.
On est sur la côte est du Canada, autour des années 40. Deux histoires se mêlent, d’un côté une adolescente confrontée à la monté du racisme anti-asiatique, focalisé sur la communauté japonaise (j’ignorais qu’il s’était passé au Canada la même chose qu’aux USA : à la déclaration de guerre, les familles japonaises ont été expropriées, envoyées dans des camps). De l’autre, un homme solitaire, pétri de culture des Premières Nations, vit à la lisière entre la communauté des hommes et la forêt.
Le récit aborde de nombreux sujets, racisme, pouvoir des mots, violence, spiritualité, je l’ai lu d’une traite, partagé entre la sympathie pour l’univers et les personnages, et une certaine frustration de ne pas réussir à entrer pleinement dans l’histoire.
Nous avons vécu en harmonie avec la nature. Puis nous l'avons domestiquée, pour ensuite l'exploiter …
Une BD adaptée d’un roman policier traitant d’écoterrorisme, et mettant en scène un binôme de flics, autant dire que j’étais méfiant en ouvrant cet album. Mais, malgré un final que j’ai trouvé déconcertant, j’ai finalement bien aimé. Le propos est solide, le scénario mêle équitablement action et descriptions de l’urgence climatique et de la responsabilité des gens, dirigeants d’entreprise et politiques, qui nous y plongent avec cynisme. La question de la lutte violente comme légitime défense me semble posée de façon assez juste, et on échappe au manichéisme.
V pour Vendetta a décliné pendant des années le masque de Guy Hawke dans les manifestations. J’aimerais bien que cette BD ait du succès et voir fleurir des pandas balafrés.
Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l'intérieur des terres, dans le clan Mulungo. …
Dans ce livre, Léonora Miano essaie de faire revivre ce qui a été détruit. Une petite communauté vit en paix au cœur de la forêt, quelque part en Afrique de l’Ouest, trop isolée et insignifiante pour être un enjeu pour les peuples voisins. Mais l’arrivée de navigateurs européens en quête de bras pour leurs plantations va bouleverser ce fragile équilibre. J’ai beaucoup aimé ce récit très touchant, tant pour la tentative de reconstituer la vie d’un peuple disparu, que pour ses personnages, notamment Eyabe̱, qui part à la recherche de son fils aîné disparu, et Ebeise̱, l’ancienne, qui résiste lorsque tout s’effondre.
Comment devenir libre quand tout vous prédestine à la soumission ? Itinéraire d’une jeune fille …
Un récit d’émancipation, une adolescente d’un petit village marocain parvient progressivement à échapper à la misère, notamment en louant son corps à des hommes riches. Elle a un sacré caractère et le tout est narré avec un ton assez réjouissant, dans une longue négociation / adresse à un dieu auquel elle semble croire plus ou moins.
Ce livre avait tout pour me plaire, mais je n’ai pas vraiment accroché, sans me l’expliquer. Il faudra à l’occasion que je lise le livre original dont est tiré l’album.
Tilda a perdu sa sœur dans un accident de scooter. Depuis, ça ne va pas …
J’ai un avis mitigé sur le scénario. Suite au décès de sa jumelle, Tilda, une adolescente, est en dépression. Placée dans un foyer pour jeunes, elle commence à voir et communiquer avec des fantômes. Un bon point de départ pour un livre sur le deuil et la culpabilité. Malheureusement s’y superpose une intrigue un peu SF, avec une méchante et un deus ex-machina qui sauve les mômes de toutes les embûches. Je n’ai pas vraiment accroché à cette intrigue, et c’est dommage, car par ailleurs j’ai bien aimé l’univers, les personnages et le style graphique.
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, …
Comme dans L’œil le plus bleu, l’histoire tourne autour de deux filles, Nel et Sula. Ici ce ne sont pas des sœurs mais des amies, inséparables à l’adolescence avant de prendre des chemins différents à l’âge adulte. L’intrigue est assez ténue, ce roman est avant tout le portrait d’une femme libre, Sula, qui vie sa vie sans se soucier des conventions, et en subit les conséquences, solitude et opprobre. En arrière plan Toni Morrison paint le portrait d’une communauté noire vivant à proximité d’une petite ville de l’Ohio, pendant l’entre deux guerres. C’est écrit avec son style plein de poésie. La violence fait parfois irruption sans prévenir le temps de quelques lignes.
Si l’absence d’intrigue m’a un peu déçu, j’ai apprécié cette lecture, pour son ton, ses personnages et son atmosphère.
Paris aujourd'hui. La crise du Covid n'a pas eu lieu. Mais une autre crise, localisée …
J’ai beaucoup aimé cet album. Pour son ton iconoclaste, ses personnages, le dessin de Zelba et tout ce qu’elle nous apprend sans avoir l’air d’y toucher. Mais surtout pour la réflexion à laquelle elle invite : que faire de toutes les œuvres des siècles passés qui sont porteuses de valeurs qui ne sont plus les nôtres, d’oppression ? On ne peut évidemment pas les cacher, et simplement les contextualiser est un peu court. Zelba imagine d’autres voies, pas forcément comme un solution réaliste, j’y ai plutôt vu un moyen de secouer et faire réfléchir. Une BD plaisante à lire et qui fait réfléchir, que demander de plus ?
Lausanne, hôtel Beau-Rivage, 1970. Une jeune femme, algérienne par sa mère, afro-américaine par son père, …
Après Angela Davis, une autre victime de J. Edgar Hoover, Jean Seberg. Plus j’en lis sur Hoover, plus il m’apparaît comme une des principales ordures du XXième siècle… Un livre où la « grande » et la « petite » histoire se côtoient. Peu après les attentats de 2016 à Paris, le petit fils d’Éli disparaît. Elle se replonge alors dans ses souvenirs et ses engagements de jeunesse, notamment aux côtés des Black Panthers. J’ai bien aimé ce livre à la narration dynamique, qui revient sur la répression des mouvements de libération des années 60 par les divers pouvoirs en place. Au regard des souvenirs d’Éli, les aventures de son petit-fils sont certes un peu fades, mais c’est l’époque qui veut ça. Il ne reste plus grand chose des espoirs qui avaient fleuri voilà 60 ans et ont déplacés tant de gens. Au delà de l’aspect historique, c’est aussi un …
Après Angela Davis, une autre victime de J. Edgar Hoover, Jean Seberg. Plus j’en lis sur Hoover, plus il m’apparaît comme une des principales ordures du XXième siècle…
Un livre où la « grande » et la « petite » histoire se côtoient. Peu après les attentats de 2016 à Paris, le petit fils d’Éli disparaît. Elle se replonge alors dans ses souvenirs et ses engagements de jeunesse, notamment aux côtés des Black Panthers.
J’ai bien aimé ce livre à la narration dynamique, qui revient sur la répression des mouvements de libération des années 60 par les divers pouvoirs en place. Au regard des souvenirs d’Éli, les aventures de son petit-fils sont certes un peu fades, mais c’est l’époque qui veut ça. Il ne reste plus grand chose des espoirs qui avaient fleuri voilà 60 ans et ont déplacés tant de gens.
Au delà de l’aspect historique, c’est aussi un beau portrait de deux femmes libres et blessées, Éli et Jean Seberg. Une lecture fort sympathique.